Le 26 mai, seize professeurs universitaires, représentant les utilisateurs du Centre suisse de calcul scientifique (CSCS), se sont réunis pour discuter des changements survenus à partir de l'été 1998 dans le fonctionnement du CSCS, principalement avec la diminution de puissance de calcul du superordinateur. C'est ce qu'on apprend d'une lettre envoyée par le professeur Peter Meier, de l'Institut de physique de l'Université de Zurich, à Stephan Bieri, délégué du conseil des écoles polytechniques fédérales, lettre qui accompagne un document signé par les seize professeurs, principaux utilisateurs du CSCS.

Dans ce rapport, les professeurs dénoncent la violation de la part de l'Ecole polytechnique de Zurich, responsable du CSCS, du contenu du message fédéral relatif à l'encouragement de la formation, de la recherche et de la technologie pendant les années 2000-2003 (message RFT). Et ce malgré les prises de position officielles qui clament le contraire. Ce message garantit le maintien du CSCS à Manno (TI) jusqu'à la conclusion d'études sur sa redéfinition (fin 1999). Chose impossible car, pour ne pas avoir été payée intégralement, la société NEC, productrice de l'ordinateur, a repris fin 1998 une partie des composantes de la machine.

Argent «gaspillé»

Après avoir exprimé leur satisfaction pour le fonctionnement du centre, ils dénoncent l'ignorance dans laquelle sont tenus les utilisateurs sur les choix de la direction (ils parlent d'information désastreuse). Les seize professeurs accusent la direction de mauvaise gestion de fonds publics. Cette accusation reprend celle contenue dans un message précédent adressé par le professeur Jan Vos, du IHMEF-LMF de l'EPFL, à Hans Peter Wessels, directeur par intérim du CSCS. La direction de l'EPF de Zurich n'aurait pas accepté une offre très avantageuse de la NEC pour passer à moindres frais de la technologie SX3 à la plus puissante SX4, et ensuite à la SX5 ce printemps. Au contraire, beaucoup d'argent public aurait été gaspillé dans des ordinateurs pratiquement inutilisables.

Ce rebondissement s'insère dans les polémiques qui depuis 1995 font rage au CSCS. Un comité du personnel soutient que ce qui s'y passe est le résultat d'une stratégie vouée à la réabsorption physique du superordinateur par le Poly de Zurich. A l'occasion d'une conférence de presse, le 26 février 1999, Hans Peter Wessels et le vice-président recherche de l'ETHZ, Albert Waldvogel, ne parvenaient pas à rassurer sur le maintien du centre à Manno et la pérennité des postes. Le centre, qui a déjà perdu la moitié de son personnel, perdrait aussi sa fonction de centre de calcul de haute performance à disposition de toute la communauté scientifique suisse, pour assumer des fonctions de recherche non mieux définies, miroirs aux alouettes selon le personnel. Sentiment partagé par le syndicat des employés de la Confédération (APC), qui proteste contre les méthodes de l'ETHZ: la liste du personnel auquel le contrat ne sera pas renouvelé ressemble à s'y méprendre à celle des collaborateurs les plus actifs dans la défense du CSCS à Manno.