Environnement

Selon l'EPFZ, les bons gestes ne suffisent pas à réduire l’empreinte carbone

Plus le revenu augmente, plus l'empreinte carbone se creuse. Mais ce n'est pas parce qu'on trie ses déchets soigneusement qu'on est un champion de la lutte contre le réchauffement

Chaque jour de collecte, c’est le même scénario: les tas s’empilent, bien ficelés et alignés le long des trottoirs. Le recyclage du papier à la zurichoise, c’est l’incarnation du propre en ordre alémanique. Or, voilà que des chercheurs de l’EPFZ font vaciller un mythe. Qui trie ses déchets soigneusement n’est pas forcément un champion de la lutte contre le changement climatique, affirme en substance leur étude, publiée dans Energy Research and Social Science.

Heidi Bruderer Enzler et Andreas Diekmann, membres d’un groupe de recherche pour l’environnement à l’EPFZ, se sont mis en tête d’explorer de quelle manière les préoccupations environnementales et le revenu influencent le bilan écologique des individus. Une interrogation plus que jamais d’actualité, à l’heure où les marches pour le climat entendent éveiller les consciences.

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Fortes disparités

Premier constat: l’empreinte carbone se creuse à mesure qu’augmentent les moyens financiers. Ce n’est pas surprenant: plus on consomme, plus on a de moyens et plus l’impact sur l’environnement est important. En revanche, cette différence n’est pas si marquée que ce qu’attendaient les chercheurs: le revenu n’est responsable que de 10% de l’empreinte carbone. «Parmi les catégories de revenu élevées, nous constatons de fortes disparités en matière d’impact écologique. C’est positif: cela signifie qu’il y a aussi une grande marge de manœuvre pour changer les comportements», souligne Andreas Diekmann.

Mais ce n’est pas parce qu’un individu adopte des attitudes «pro-environnementale» – trier ses déchets, renoncer aux sacs en plastique, éteindre les lumières ou adopter des ampoules économiques – qu’il réduit forcément sa consommation de ressources fossiles. La preuve par l’exploration du Röstigraben, qui oppose les Alémaniques, bons élèves, aux Romands, cancres de l’écologie. A première vue, le cliché se révèle vrai.

«Dans leurs gestes quotidiens, les Alémaniques font preuve d’un souci écologique bien plus élevé que les Romands. Par contre, leur empreinte carbone n’est pas meilleure», observe Andreas Diekmann. Car lorsqu’il s’agit de mesurer les émissions de gaz à effet de serre, transports et logement pèsent bien plus lourd dans la balance. Or, tandis que la Suisse romande compte davantage d’automobilistes invétérés, les Alémaniques se montrent plus gourmands en matière de logement. Ainsi, d’un côté à l’autre de la Sarine, les bilans tendent à s'égaliser.

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Des éco-gestes utiles

Faut-il en conclure que ces éco-gestes ne servent à rien? Non, rétorque Andreas Diekmann: «S’il se préoccupe du climat, même si ce n’est qu’au travers de gestes symboliques, un individu sera plus enclin à voter pour des politiques favorables à l’environnement. Or, c’est à ce niveau qu’on peut avoir le plus d’impact.» Dans leurs recommandations aux pouvoirs publics, les chercheurs préconisent d’adopter des mesures qui permettraient de changer en profondeur les habitudes de consommation: taxes incitatives, plafond sur le carbone. Ou encore de promouvoir les technologies intelligentes et économes en énergie.

Leur étude, qui fait partie du programme du Fonds national de la recherche Managing Energy Consumption, se base sur l’Enquête environnementale suisse 2007, laquelle s’est penchée sur le comportement de 3369 personnes de toutes les régions du pays. La consommation moyenne d’un Suisse se monte à 6028 kilos de CO2 par an, dont 46% sont liés à la mobilité et 33% au logement. Or il existe de grandes disparités: les 10% de la population responsables du taux le plus élevé d’émissions (environ 13 984 kg de CO2 par personne) pèsent six fois plus sur le climat que les 10% ayant les émissions les plus faibles (2342 kg de CO2 par personne en moyenne).

Le premier groupe génère 23% de toutes les émissions de gaz à effet de serre, contre 4% pour le second. Autre constat: les femmes sont plus économes que les hommes. La consommation d’électricité des Suissesses dans les ménages d’une seule personne est inférieure de presque un quart à celle de leurs compatriotes masculins vivant seuls. Une différence qui persiste même si l’on tient compte des différences de revenu et de la taille de la maison, soulignent les chercheurs.

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