C’est un sondage qui était passé inaperçu de ce côté-ci de la Raspille. Ses résultats fragilisent pourtant un peu plus encore une unité cantonale valaisanne déjà précaire. La majorité des quelque 800 Haut-Valaisans ayant répondu à cette enquête sont en faveur de la séparation du Valais en deux entités.

Réalisé en ligne, début mai, par Pomona.media, l’éditeur du quotidien haut-valaisan Walliser Bote, le sondage fait écho à la suggestion de l’Association du personnel de l’Etat du Valais dans le cadre de la procédure de consultation sur la nouvelle Constitution cantonale. En guise de provocation, elle proposait la création de deux demi-cantons, un par région linguistique. Outre-Raspille, l’idée semble plaire: 57% des personnes interrogées sont «en faveur» ou «plutôt pour» un «demi-canton du Haut-Valais», selon le sondage.

Dans une chronique publiée ce lundi dans Le Nouvelliste, Armin Bregy, le rédacteur en chef du Walliser Bote, souligne que «si l’enquête n’est pas représentative, elle montre néanmoins qu’une partie de la population haut-valaisanne est critique à l’égard de l’état de l’unité cantonale». Analysant les résultats, Armin Bregy assure que cette «unité cantonale ne va pas de soi».

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La frustration du Haut-Valais

Ancien journaliste et coauteur, avec son confrère François Dayer, le sociologue Bernard Crettaz et l’historien Philippe Bender, du livre Vallesia superior, ac inferior: propos sur un pays inachevé, publié en 2006, Luzius Theler assure au Temps que si un parti devait faire du séparatisme son cheval de bataille et prôner le «Oberwallis zuerst», il intégrerait facilement le parlement cantonal, en glanant «une demi-douzaine de sièges». Car, dit-il, il existe un sentiment de frustration dans le Haut-Valais. «Un sentiment partagé par les régions éloignées de Sion, le canton ayant vécu une centralisation importante», ajoute-t-il.

Pour Luzius Theler, ce sentiment est renforcé par deux éléments. Tout d’abord l’illusion du bilinguisme. Il en veut pour preuve l’Hôpital du Valais: «Les Haut-Valaisans préfèrent se tourner vers la Suisse alémanique pour leurs soins que vers Sion, la barrière linguistique faisant office de véritable obstacle.» Le second élément réside dans l’importance, toujours plus faible, de la partie germanophone au sein de l’administration cantonale. «Comme les femmes, les Haut-Valaisans sont désormais sous-représentés au sein des postes clés de l’administration», appuie-t-il.

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«C’est lorsqu’on est déçu qu’on ressort cette chimère»

Cette frustration haut-valaisanne explique, en partie du moins, le résultat du sondage. «C’est lorsqu’on est déçu qu’on ressort cette chimère de la séparation, insiste Luzius Theler. Mais, en réalité, les volontés de division du Valais en deux entités n’ont jamais abouti.»

Ces voix ne doivent toutefois pas être étouffées. Il faut les entendre. Et Armin Bregy insiste, dans sa chronique, sur le fait que «les Valaisans doivent prendre soin» de l’unité cantonale «et l’entretenir». «Ce qui est plus facile à dire qu’à faire», reconnaît-il. Alors comment réussir ce qui ne l’a pas été jusqu’à présent? La réponse d’Armin Bregy réside dans «une grande fête du Valais sur la place de la Planta à Sion», pour réunir les deux régions linguistiques du canton. Ce serait un premier pas. Un petit pas.