Procès

Selon une banquière, Hervé Falciani a bien cherché à vendre ses données

La responsable de l’antenne de la Banque Audi au Liban à laquelle l'ex-informaticien de HSBC avait proposé des données est catégorique: il voulait en tirer de l’argent

Hervé Falciani a-t-il oui ou non cherché à s’enrichir avec les données qu’il avait soustraites au sein de HSBC? Au quatrième jour du procès de l’ex-informaticien de HSBC, le Tribunal pénal fédéral aurait souhaité pouvoir poser cette question à Georgina Mikhael, la compagne de l’accusé à l’époque, avec laquelle il s’était rendu au Liban, pays dans lequel elle vit aujourd’hui. Mais un autre témoin avait fait le voyage de Beyrouth: la responsable de la représentation de la banque Audi (Suisse) sur place. Et sa réponse de ce témoin est formelle: oui, c’est bien afin de vendre les données dont il disposait – ou prétendait disposer – qu’Hervé Falciani avait demandé à la rencontrer en février 2008.

«Un voleur et non un lanceur d’alerte»

Me Laurent Moreillon, l’avocat de la banque, jubile: «Cela démontre qu’Hervé Falciani s’est rendu au Liban avec l’intention de monnayer les données volées. Il ne peut pas y avoir de preuve plus claire qu’il est un voleur et non un lanceur d’alerte.» HSBC, qui participe au procès comme partie civile, tient enfin la déclaration qu’elle attendait. La veille encore, l’un des enquêteurs de la police judiciaire fédérale avait affirmé que rien dans le dossier ne permettait d’affirmer que l’accusé avait voulu s’enrichir, mais il ne parlait, en réalité, que des activités d’Hervé Falciani en relation avec des autorités étrangères et qui tombent sous le coup de l’espionnage économique.

L’épisode libanais relève d’un autre volet du dossier, le seul dans lequel l’accusé soit poursuivi pour soustraction de données. La question de savoir si Hervé Falciani voulait vendre ou non ses informations, ici, est cruciale. Car l’infraction dont l’accusé doit répondre suppose qu’il ait eu un dessein d’enrichissement illégitime.

«Choquée»

Ce jour de février 2008, Hervé Falciani se présente au témoin, au Liban, en compagnie de Georgina Mikhael, qui ne dira pratiquement rien durant tout l’entretien. Leur interlocutrice en garde un souvenir «étrange», «choquée» de constater que le duo ne lui proposait rien moins que des données obtenues illégalement, avec noms, prénoms, adresses et soldes des comptes. «Je lui ai demandé si j’allais être sur ces listes au cas où j’aurais un compte à la HSBC. Il m’a répondu oui.»

«Il est devenu nerveux»

Impossible pour elle d’entrer en matière. «C’était contraire à la loi, à la déontologie, à la compliance, à tout.» Hervé Falciani lui explique que ces fichiers ont été constitués à partir des données que l’on peut capter au moment de l’échange de fax. «J’ai répondu que c’était impossible, je sais que lors d’une souscription par fax, le nom du client n’apparaît pas. Il m’a assuré avoir l’accord d’avocats genevois.» Quand elle demande lesquels, Hervé Falciani «a commencé à transpirer, il est devenu nerveux.»

Jusqu’à 150 000 dollars

– Vous a-il parlé d’un prix? demande le président.

– Il n’a pas été précis mais a évoqué une somme qui pouvait varier entre 100 000 et 150 000 dollars selon le type de contrat.

«De plus justes proportions»

Le témoin s’est-il imprudemment avancé sur ce point? Sa déclaration va déclencher un tir nourri de la défense. Me Marc Enclin, l’avocat de l’accusé, la confronte à ses déclarations effectuées devant les enquêteurs, quelques mois à peine après les faits. Or elle ne se souvenait pas à ce moment pas qu’ils aient articulé un prix, et n’affirmait pas clairement non plus qu’il s’agissait de données de clients de HSBC. Nuance capitale.

«L’affaire est en train de prendre de plus justes proportions», se félicite Me Henzelin dans les pas perdus, qui fourbit ses arguments pour la journée de vendredi. Celle-ci sera entièrement consacrée au réquisitoire du procureur et aux plaidoiries.

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