Analyse

Le semestre de vérité pour Neuchâtel

D'ici aux élections cantonales d'avril 2017, la tension sera maximale. Avec interférence des intérêts partisans dans le traitement de dossiers-clés de l'hôpital, de la localisation de la justice et du rétablissement des finances

Dans l'optique volontariste d'un Conseil d'Etat neuchâtelois bipartite (3 PS et 2 PLR), qui a globalement bonne presse et présente un bilan de législature positif, d'ici à avril 2017, le canton aura réélu le même gouvernement (les cinq sortants sont officiellement candidats), aura validé une nouvelle organisation hospitalière centralisée, un hôtel judiciaire à 48 millions à construire à La Chaux-de-Fonds, un programme drastique d'assainissement des finances remettant à plus tard la seconde phase de la baisse fiscale et aura arrêté une circonscription électorale unique tout en maintenant des garanties régionales.

Le résultat sera peut-être celui-là après les élections du 2 avril, mais le chemin pour y parvenir s'annonce tortueux. Neuchâtel est entré dans son semestre de vérité politique. Ce mardi devant le parlement, le président Jean-Nat Karakash a lancé un appel à «serrer les rangs et dépasser les logiques électorales».

Pourtant, Neuchâtel va enchevêtrer, durant six mois, l'examen de dossiers majeurs, une campagne électorale dont les enjeux sont difficiles à cerner (le statu quo est donné favori), des lignes de fractures régionalistes (Haut contre Bas), internes aux blocs politiques (UDC contre PLR, POP contre PS) et à l'intérieur même des partis (positions divergentes sur l'hôpital au PS et l'hôtel judiciaire au PLR).

Les batailles politiciennes

La ligne de fracture la plus inattendue est la guerre désormais ouverte que se mènent les partis, à l'intérieur des blocs de gauche et de droite. A droite, UDC et PLR ont non seulement confirmé leur non-apparentement, mais ils s'opposent frontalement depuis que le groupe UDC au parlement a «trahi» le «partenaire» PLR en ne soutenant plus la motion exigeant 8% de coupes dans les dépenses du canton.

Le retour à la présidence de l'UDC d'Yvan Perrin renforce l'adversité UDC-PLR. Yvan Perrin veut une candidature UDC au Conseil d'Etat, mais l'avis n'est pas partagé par tous les membres. Et l'UDC n'a pas de candidature forte, l'actuel président du Grand Conseil Xavier Challandes, 25 ans, est jeune et Yvan Perrin confirme ne pas vouloir se relancer.

Toujours apparenté aux petits partis du centre (PVL et PDC), le PLR aimerait reprendre la majorité au gouvernement, perdue en 2013, mais l'objectif semble hors de portée. Il lancera trois candidats, les sortants Laurent Favre et Alain Ribaux, avec un colistier issu de la relève.

A gauche, le POP refuse de cautionner la politique de la majorité socialiste du gouvernement. Arc-bouté sur la défense de son bastion du Haut, derrière les syndicats d'enseignants et de la fonction publique qui rejettent la nouvelle grille salariale et s'en prennent à la ministre socialiste Monika Maire-Hefti, le POP, vainqueur des élections locales à La Chaux-de-Fonds et au Locle, préfère la voie solitaire et dogmatique.

Le divorce POP-PS pose un problème aux Verts, intégrés au groupe parlementaire POP-Verts-Solidarité. Ils devront choisir entre le POP et le PS, en fonction de leurs intérêts. Le PS a besoin de pouvoir compter sur les Verts pour maintenir au pouvoir ses trois ministres.

Lecture politique embrouillée

Ce contexte politicien compliqué s'embrouillera encore en fonction des dossiers. Avant le débat sur les mesures d'économies en décembre, le Grand Conseil choisira début novembre la nouvelle organisation spatiale d'Hôpital neuchâtelois (HNE) et décidera ou non de construire un hôtel judiciaire à La Chaux-de-Fonds. En plus d'enjeux politiques, régionaux et psychologiques (les réformes exigent une vision nouvelle du canton), ces deux dossiers ont un volet financier qui, en apparence du moins, heurte le resserrement budgétaire.


Les finances en posture critique

Le ton grave et solennel, le président socialiste du Conseil d'Etat neuchâtelois Jean-Nat Karakash a annoncé devant le Grand Conseil, mardi, que «la situation financière du canton est critique». Les comptes 2016 boucleront avec un déficit supérieur à 40 millions, hors des limites du frein à l'endettement (qui implique la hausse du coefficient fiscal après deux dépassements). Le budget 2017 qui sera dévoilé jeudi présente un déficit de 70 millions sur un total d'un peu plus de 2 milliards de charges. 

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Deux causes principales à la «dégradation rapide»: le recul de 35 millions de francs des recettes fiscales des entreprises et la perte de 65 millions au titre de la péréquation intercantonale entre 2015 et 2017.

«Nous sommes au pied du mur, il est temps de serrer les rangs», clame le président Karakash. Le gouvernement à majorité socialiste prône l'adoption d'un plan d'économies de 100 millions d'ici à 2020 (5% des charges), avec les premiers effets en 2017: 40 millions de réduction des prestations et des subventions aux personnes et aux institutions; 25 millions de charges reportées sur les communes (c'était annoncé depuis 2015); report de la seconde phase de la baisse fiscale des personnes physiques, pour un gain de 25 million; diminution de 10 millions de la masse salariale, avec une réduction de 2,5% des effectifs, une hausse de 40 à 41 heures de l'horaire hebdomadaire et la baisse de 2,5% des salaires des magistrats et des conseillers d'Etat.

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Le Grand Conseil devra valider ce programme début décembre. Dans la foulée, s'appuyant sur l'adage qui veut que «le capitaine ne quitte pas le navire dans la tempête», Jean-Nat Karakash a annoncé que les cinq ministres sont candidats à leur réélection en avril 2017.

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