Le Conseil des Etats a réservé un accueil glacial à l’initiative AVS + visant à augmenter les rentes de 10%. Mardi, il a balayé la proposition des syndicats par 33 voix contre 11. Il fallait s’y attendre. Certes, le niveau des rentes AVS n’a pas suivi l’évolution des salaires et du coût de la vie. En 2014, la rente minimale s’élevait à 1170 francs, la rente maximale à 2340 francs. Pour de nombreuses personnes n’ayant pas eu l’occasion de constituer un capital complémentaire dans le deuxième pilier, l’AVS ne suffit pas pour vivre décemment en Suisse sans demander des prestations complémentaires.

Mais la proposition des syndicats, soutenue par la gauche, a un coût peu compatible avec la situation économique et financière actuelle, ont estimé la majorité des sénateurs. Ce supplément de 10% représente 4 milliards de francs s’il devait être introduit en 2018. Et les syndicats ne disent pas comment le financer. L’initiative sur les successions? Effectivement, si elle était acceptée le 14 juin, elle permettrait de lever de nouvelles recettes pour l’AVS. Mais les sondages montrent déjà que les Suisses n’ont aucune sympathie pour cette proposition. Reste la TVA ou l’apport de certaines taxes, comme celles sur le tabac ou les boissons distillées, qui pourraient servir au financement de l’AVS au lieu d’être versées dans le budget fédéral général.

Stratégie

Mais l’accueil glacial réservé par le Conseil des Etats a une origine d’ordre plus stratégique. Sa commission a entamé ses travaux sur la vaste réforme «Prévoyance vieillesse 2020» qui touche aussi bien au premier qu’au deuxième pilier. But visé: le maintien des rentes par diverses mesures, dont l’élévation d’une année de l’âge de la retraite pour les femmes.

Les syndicats ont lancé leur initiative dans l’intention de peser dans le débat et de consolider l’AVS par rapport au 2e pilier. Ils auraient souhaité un traitement conjoint, avec à la fin, une votation simultanée sur la réforme d’Alain Berset et AVS +. Le Conseil des Etats préfère que les citoyens se prononcent rapidement sur l’initiative afin d’avoir ensuite les coudées franches. En résumé: la droite a remporté mardi une manche importante.