Droits de l’homme

Les sénateurs refusent de débattre des multinationales responsables

Le Conseil des Etats a décidé de repousser la discussion sur l’application de règles plus strictes pour les multinationales suisses à l’étranger. Les initiants commencent à perdre patience

L’initiative pour des multinationales responsables continue d’agiter la politique suisse. Particulièrement controversé, le projet permettrait aux victimes de violations de droits humains et de standards environnementaux commises par des filiales d’entreprises domiciliées en suisse de porter plainte contre ces dernières. Après deux ans de tractations et 19 réunions de commission, le Conseil des Etats a décidé ce jeudi de suivre une motion demandant «davantage de temps pour examiner l’objet». Les initiants commencent à voir rouge. Trois questions à leur porte-parole, Chantal Peyer.

Lire également: Multinationales responsables, le Conseil fédéral cherche la solution

Le Temps: Que s’est-il passé ce jeudi?

Chantal Peyer: Le sénateur Ruedi Noser (PLR/ZH), qui roule pour Economiesuisse, a réussi à reporter le débat. Le prétexte à la base de sa demande est un projet de loi du Conseil fédéral formulé cet été, qui obligerait les multinationales à publier un simple rapport alibi. C’est regrettable. Le compromis sur la table a pourtant largement été soutenu par le Conseil national, la Fédération des entreprises romandes, le Centre patronal, le groupement des entreprises multinationales ou encore Coop et Migros. Il est préoccupant de voir qu’une majorité de sénateurs est sourde aux préoccupations de la population malgré les 50 000 signatures réunies en deux jours pour que la discussion ait lieu. Mais plus le temps passe, plus notre projet gagne en popularité.

Nos opposants semblent vouloir l'emporter devant le peuple sans lui proposer d'alternative. Je pense qu’ils se trompent

Chantal Peyer

Que change donc ce report pour vous?

Nous avons toujours déclaré privilégier un compromis qui puisse entrer en vigueur le plus rapidement possible. Même si nous devons faire des concessions. Je rappelle que la limite de temps pour opposer un contre-projet à notre initiative est fixée au printemps prochain. Au rythme actuel, il est possible que le parlement ne dispose plus d’assez de temps. La population se verra donc confrontée à deux choix: l’initiative, ou rien.

Pensez-vous pouvoir l’emporter dans ce cas de figure?

Oui. Nos opposants semblent vouloir l'emporter devant le peuple sans lui proposer d'alternative. Je pense qu’ils se trompent. Nous disposons de 250 comités de campagne locaux et sommes soutenus par plus de 140 dirigeants d’entreprises, des fédérations religieuses et de nombreux élus et parlementaires de gauche comme de droite. En cas de votation, nous sommes persuadés que la population sera derrière nous. Tous les derniers sondages sur le sujet le montrent.

Lire également: Multinationales responsables: les actionnaires s’engagent

Publicité