Le Temps: Quelle place occupe aujourd'hui le canton de Berne dans une Suisse polarisée entre Zurich et le pôle lémanique?

Mario Annoni: Sur le plan politique, il a été et reste un lien entre les communautés du pays. Ce n'est pas pour rien que les Romands ont choisi Berne comme capitale du pays en 1848. D'un point de vue économique, je trouve réducteur le cliché qui focalise l'attention sur Zurich et l'Arc lémanique, alors que d'autres régions ont aussi de grandes ressources, telles Bâle ou Berne. Sectoriellement, nous hébergeons des industries de pointe, dans le médical, la haute technologie et l'horlogerie.

– Berne se sent-il plus proche de Zurich que de Genève?

– Si vous aviez inclus Lausanne dans le choix, j'aurais opté pour la capitale vaudoise! Berne est un mélange des sensibilités romandes et alémaniques. Par la langue et la culture, il est alémanique, mais les Bernois ont une notion très volontariste de l'Etat, ce qui les rapproche des Romands. Berne est très bien où il est, dans son rôle de pont entre les deux cultures du pays.

– Pourquoi Berne tient-il à conserver sa minorité francophone, qui lui a causé d'immenses tracas tout au long de son histoire?

– C'est d'abord la minorité francophone qui tient à rester dans le canton de Berne et elle n'est pas responsable de ces tracas. Le bilinguisme est un atout pour notre canton. Nous sommes actifs dans les institutions intercantonales tant alémaniques que romandes. Sans ses francophones, Berne risquerait l'«argovisation».

– Le conseiller d'Etat neuchâtelois Bernard Soguel déclarait dernièrement que Berne n'est pas un pôle, économique à tout le moins. Faut-il y voir du mépris à votre encontre?

– La raillerie envers Berne est une constante historique! Mais je ne vois pas de mépris dans les propos de Bernard Soguel. Je comprends la nécessité de s'ouvrir à des collaborations vers d'autres. Neuchâtel ne rejette pas Berne pour ne regarder que vers Lausanne. Nous conservons de nombreuses coopérations.

– Le canton de Berne pâtit-il d'une image lourdaude erronée?

– C'est incontestable. Nous souffrons d'un déficit d'image. Souvent, on ne sait pas que notre canton dispose de structures modernes, d'une banque cantonale assainie et de finances positives depuis cinq ans. Pour ne prendre que ces exemples. Nous devons nous efforcer de diffuser une image plus conforme à notre réalité. J'en profite pour tordre le cou au cliché de l'immobilisme bernois. Nous sommes aussi en mouvement.