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A la présentation du livre, ce jeudi à Zurich.
© WALTER BIERI

Diplomatie

Sepp Blatter, recruté pour faire tomber un despote africain

En 2015, le DFAE a demandé au patron de la FIFA de contribuer à écarter le président du Burundi du pouvoir. Probablement sur demande des Etats-Unis 

Chassé par la porte, il revient par la fenêtre. Sacré Sepp Blatter! On l'avait laissé sur ses terrains de foot, le voici qui ressurgit dans les chancelleries. Dans le livre à sa gloire signé de son fidèle porte-parole Thomas Renggli et officiellement publié ce jeudi, «Sepp Blatter, mission et passion football», le Valaisan révèle en effet qu'il a été approché par le DFAE en 2015; il devait tenter de dissuader le Burundais Pierre Nkurunziza de se représenter aux élections présidentielles de juillet, en lui faisant miroiter un poste d'ambassadeur international de la FIFA. C'est Blick qui a sorti l'information, confirmée par le DFAE qui a précisé au Temps que, oui, des contacts ont bien eu lieu entre le secrétaire d'Etat Yves Rossier et Sepp Blatter «dans l'intention de contribuer à une solution pacifique à la crise actuelle», mais que non, «le DFAE n'a jamais demandé au président Nkurunziza de ne pas se représenter à la présidentielle».

Le contact aurait été établi via Thierry Regenass, actuel directeur des Associations membres et du Développement de la FIFA, et qui était en 2008 conseiller diplomatique de la présidence suisse, soit sous Pascal Couchepin, lit-on sur son profil Linked-In - un parfait trait d'union entre les deux mondes (Thierry Regenass n'a pas donné suite à nos demandes de contact). La proposition au président burundais aurait été faite devant témoins, explique Blatter, et ç'aurait été une manière élégante pour le dictateur de quitter le pouvoir, alors que sa passion pour le foot  est connue de tous: ancien prof de sport, Pierre Nkurunziza a par le passé raté des réunions internationales pour aller taper dans un ballon. Malheureusement Pierre Nkurunziza est aussi un chrétien «born again», persuadé d'être appelé par Dieu pour remplir sa mission. C'est pour cette raison qu'il s'est représenté aux élections alors que la Constitution lui interdisait un 3e mandat. L'invitation de Sepp Blatter, intervenue quelques jours après un putsch raté contre le président Nkurunziza, n'a donc pas abouti.

Lire: Le Burundi au bord du chaos (03.03.2016)

Pascal Couchepin connaissait l'histoire depuis l'année dernière et relativise: «Cela n'est pas allé très loin», explique l'actuel envoyé spécial de l'Organisation internationale de la Francophonie dans les grands lacs, et «c'était difficilement réalisable»: autour d'un chef d'Etat gravite toujours une équipe, qui tient à son champion et son pouvoir.  

Secret écorné

Il n'empêche, ces révélations laissent à penser. Outre qu'elles témoignent une nouvelle fois de la puissance de la FIFA, le «198e Etat» du monde, et du narcissisme de son ancien patron, elles montrent d'abord que la Suisse est intervenue dans la politique d'un Etat tiers, au mépris de sa neutralité; il est vrai que Berne est membre de la commission de l'ONU sur le Burundi, et attachée à ce titre à la pacification du petit pays d'Afrique de l'est, déchiré entre Hutus et Tutsis et où les propos haineux rallument les risques de génocide. La Suisse a d'ailleurs participé à l'accord d'Arusha qui mit fin à la guerre civile, de 1993 à 2006. Ces révélations montrent ensuite les moyens peu conventionnels auxquels requiert parfois la diplomatie - «il n'est pas rare de consulter des non-diplomates, si cela peut contribuer à la solution d'un problème en raison de leur expérience et des relations» a benoîtement expliqué la porte-parole Sonia Isella. Les révélations de Sepp Blatter font ainsi sortir de l'ombre des procédures et des usages dont on sait qu'ils existent, mais dont l'efficacité repose normalement sur la discrétion.

Enfin les propos de Sepp Blatter jettent aussi le trouble parce que selon lui, c'est à la demande des Américains que les Suisses ont fait cette proposition au président Nkurunziza. Les Suisses auraient-ils cédé à une pression des Etats-Unis? Sans démentir, le DFAE annonce qu'il ne donnera aucun détail sur l'implication éventuelle d'autres Etats. Il reste que l'actuel envoyé spécial de Barack Obama dans les grands lacs, Tom Perriello, est très actif pour tenter de faire baisser la tension au Burundi, à tout prix. Ces jours, les Américains ont accusé les autorités d'être les principales responsables de la crise. Commentaire de l'actuel porte-parole de la présidence burundaise de toute l'affaire sur Twitter: «Ils ont tout essayé pour piétiner les principes fondamentaux de la démocratie au Burundi. Nous les avons battus»

Depuis presqu'un an que le président Nkurunziza a refusé de faire partie du gratin footballistique mondial, son pays s'est enfoncé un peu plus dans une grave crise politique, et l'état de droit est en charpie. Des officiers ont été emprisonnés, des médias ont été fermés, et des opposants torturés et forcés d'avouer des crimes imaginaires; Amnesty International dénonce l'existence de fosses communes, les violences ont déjà fait plus de 500 morts et plus de 270.000 personnes se sont mises à l'abri en quittant le pays. En 2015, le pays était bon dernier du classement onusien des pays les plus heureux.

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