Elu en été 2001 pour succéder à Hans Lauri devenu conseiller aux Etats, Urs Gasche est un ministre bernois des Finances heureux. Et ça se voit sur son visage, illuminé par de fréquents et larges sourires. Récoltant les fruits des plans d'économies initiés par son prédécesseur, il n'a jamais connu de déficit comptable.

«Une discipline budgétaire sans faille»

A fin 2004, le canton de Berne boucle un septième exercice bénéficiaire d'affilée, avec un excédent de produits de 184,5 millions de francs (2,2% des recettes). Explications du conseiller d'Etat Urs Gasche: «Les neuf programmes d'assainissement contenant 700 mesures ont fini par payer: le gain est d'un milliard de francs par année.» Encore faut-il ne pas fléchir dans l'application des mesures: «Notre administration fait montre d'une discipline budgétaire sans faille.»

Ainsi, depuis 1998, le canton de Berne dégage des bénéfices, timides au début, puis dépassant allègrement les 200 millions de francs en 2000, 2002 et 2003. L'excédent de revenus de 2004, qui intègre le financement intégral des investissements, permet de réduire la dette de 130 millions de francs. Une dette qui, en sept ans, est passée de 11 à 10,1 milliards de francs. «C'est encore trop», affirme le ministre des Finances.

Elle fondra ce printemps à 7,5 milliards, gouvernement et parlement bernois s'étant entendus pour y affecter l'intégralité de la part cantonale de l'or excédentaire de la BNS (2,4 milliards de francs). Urs Gasche promet la poursuite de la rigueur financière et un nouveau programme de compression des dépenses, «au début de la prochaine législature», après les élections d'avril 2006.

Pourtant, après six exercices positifs, Berne craignait de retomber dans les déficits en 2004. Le budget ne tablait que sur l'équilibre et Urs Gache avait tiré la sonnette d'alarme l'été passé. «Nous sommes parvenus à réduire les charges de 191 millions», explique aujourd'hui le grand argentier.

Berne a moins investi que prévu, certains projets ont été reportés. Même si les montants sont légèrement supérieurs à ceux de 2003, les charges de personnel, les biens et marchandises, les intérêts passifs et les subventions sont inférieures au budget.

Dépenses maîtrisées, recettes stagnantes

S'il maîtrise ses dépenses, Berne doit aussi composer avec des recettes qui stagnent. Ainsi, le produit de l'impôt est à peine supérieur à celui de 2003 et inférieur de 56 millions de francs au budget. L'impôt sur le revenu et la fortune des personnes physiques régresse, alors que celui sur le bénéfice des entreprises a rapporté plus qu'escompté, «ce qui est un signe positif pour le site économique bernois», affirme Urs Gasche. Qui s'emploie à briser les clichés négatifs qui pèsent sur l'image de son canton, raillant au passage ceux qui croulent sous les déficits abyssaux. «Argovie et Zurich, toujours cités en exemple, doivent envisager de comprimer leurs dépenses, voire d'augmenter leurs impôts», affirme le ministre bernois, qui prépare de son côté un projet de «dégrèvement fiscal».

On se souvient qu'il avait pourtant combattu avec vigueur l'initiative rejetée par le peuple le 27 février, exigeant une baisse linéaire de 10% de l'impôt, avec à la clé un manque à gagner de 400 millions. Le projet d'Urs Gasche, ou plus justement celui que lui impose le Grand Conseil, est plus modeste et mieux ciblé: Berne utilisera les quelque 90 millions supplémentaires que lui rapportera la nouvelle péréquation intercantonale pour desserrer l'étreinte fiscale.