La désormais traditionnelle course des fous à roulettes a finalement eu lieu en dépit des déchirements qui divisent ses organisateurs. Ceux d'entre eux qui ont monté à Lausanne le «Blue win urban contest», septième édition d'une manifestation appelée jusqu'ici «International roller contest», assurent avoir gagné leur pari. Ils estiment à 50 000 les spectateurs qui ont applaudi les prouesses des champions montés sur rollers, trottinettes et autres luges à roulettes.

De son côté, la police municipale estime cependant que cette évaluation est quelque peu généreuse. Autre bémol: une altercation entre organisateurs actuels et passés. Vendredi, le «contest» a débuté avec une descente aux flambeaux et s'est prolongé comme prévu samedi par une course populaire, et dimanche par la descente des «pros» où se retrouvait le gratin européen de la spécialité. Cette course a été remportée par Luc Lenoir, de Préverenges, devant le Milanais Oscar Galliazzo, ex-vainqueur de la Coupe d'Europe.

Dimanche juste avant cette épreuve phare, les organisateurs ont toutefois essuyé quelques sueurs froides: des voitures stationnant sur le parcours ont dû être déplacées par la police, ce qui a retardé le départ de l'épreuve. Le temps pressant, certains véhicules ont été laissés sur place après avoir été munis d'un matelas de protection.

Certains des organisateurs historiques du «Roller contest» ont dénoncé dimanche soir cette situation. Yves Pedrazzini et Emmanuelle Bigot ont rappelé que l'association «International roller contest Lausanne» (IRCL), organisatrice de cette fête du patin à roulettes depuis 1994, avait renoncé à monter cette édition parce que «les exigences en matière de sécurité n'étaient pas remplies».

Il va sans dire que les organisateurs de la manifestation de ce week-end rejettent ces griefs. Selon David Lenoir, frère du gagnant de dimanche et membre du comité organisateur, la sécurité était garantie par «une équipe de 60 volontaires, l'équipe de sécurité du rallye était constituée de professionnels, ce qui fait plus de 80 personnes engagées sur les trois kilomètres du parcours».

Mais l'historique IRCL ne désarme pas: une femme et un enfant auraient été bousculés lors de l'arrivée de la course populaire à Vidy. Ces informations ne sont pas confirmées par la police municipale. Un coureur de buggy-rolling, le corps recouvert de roulettes, a tout de même été blessé à l'arcade sourcilière suite à une sortie de route, qui s'est conclue par quelques points de suture.

Le climat de tension entre les organisateurs a atteint son comble vendredi soir, après la descente aux flambeaux. Sortant du site de Vidy, Emmanuelle Bigot et Yves Pedrazzini, les deux responsables de l'IRCL, affirment avoir été pris à partie, bousculés et frappés par l'un des organisateurs du Blue Win Contest. Ceux-ci ne contestent pas qu'une «bousculade» a eu lieu «à la suite d'une provocation». La police a dû intervenir pour séparer les organisateurs du «contest».

Le différend qui oppose les organisateurs remonte au mois de mai. Des querelles de personnes, mais aussi une conception différente de l'événement, l'ont alimenté. Pour l'IRCL – qui a déployé durant la descente aux flambeaux des calicots, «IRCL, the original» et «Lausanne, capitale des $ports» – la dimension trop fortement mercantile de l'édition 2000 est déplacée. De leur côté, les membres du comité «Blue win urban contest» insistent sur le défi qu'a représenté l'organisation de l'événement. «Tout a été fait en dix semaines», insiste David Lenoir: «Il fallait éviter de perdre les sponsors, dont on est sûr désormais qu'ils reviendront.»