Déontologie

«Sept.info» a dérapé en divulguant l'identité d'un journaliste accusé de violences

Le Conseil suisse de la presse estime que le site internet du magazine fribourgeois aurait dû préserver l'anonymat d'un rédacteur dont la notoriété est limitée, et qui comparaît pour des faits qui n'ont rien à voir avec son activité professionnelle

Le nom et la photo d'un jeune journaliste, jugé pour des violences sexuelles sur son ex-compagne, n'auraient jamais dû être divulgués sur le site internet du magazine fribourgeois Sept.info à l'occasion de ce procès. La prise de position du Conseil suisse de la presse, reçue mercredi par les parties, conclut que la diffusion de l'identité du plaignant a violé le respect de la vie privée. Le fait que l'article ait été ancré dans une partie spéciale de la plateforme n'enlève rien à la responsabilité de l'éditeur qui est considérée ici comme évidente.

Le 22 janvier dernier, le site de Sept.info publiait dans son espace «club» un article intitulé «La face cachée d'un journaliste romand le conduit au tribunal correctionnel de Lausanne». Celui-ci rendait compte d'une audience pénale où le rédacteur en question, connu pour être très actif sur les réseaux sociaux, devait répondre d'infractions graves- et contestées- commises dans le cadre de sa vie de couple. La publication de cette chronique s'est répandue comme une traînée de poudre et a motivé une série de réactions ainsi qu'une protestation du principal intéressé. Le soir-même, la version était rectifiée et anonymisée.

Trois principaux reproches du plaignant

Trop tard pour le prévenu dont l'identité a déjà fait le tour de la Toile. Il saisit le Conseil suisse de la presse de plusieurs reproches: un compte-rendu peu équilibré, la divulgation de son identité sans intérêt public prépondérant et une rectification encore trop timide. Sa plainte est finalement admise sur le point le plus essentiel. La décision rappelle que la mention du nom peut être admise si la personne jouit d'une grande notoriété et que l'article est en rapport avec les causes de sa notoriété ou qu'un intérêt public prépondérant le justifie. Rien de tel en l'espèce.

Le journaliste n'est pas «un personnage de l'histoire contemporaine»

Aux yeux du conseil, les faits reprochés au plaignant n'ont rien à voir avec son activité de blogueur et de journaliste. La divulgation de détails sur sa vie privée ne représente pas un intérêt majeur et sa notoriété ne peut pas être considérée comme importante. Il n'est pas «un personnage de l'histoire contemporaine» comme tente de le présenter l'avocat de Sept.info.

La plateforme attaquée ne parvient pas non plus à s'exonérer de toute responsabilité en alléguant d'une publication dans un espace «club» qui donne la parole aux abonnés. Le conseil souligne que les entreprises de médias sont en principe responsables de tous les contenus qu'elles publient sur leur site web. En plus, l'article incriminé apparaît dans la même page que le contenu rédactionnel, sans distinction claire des genres, tout en étant signé par un journaliste habitué du site. Enfin, la correction d'un dérapage après-coup ne change rien au fait que la rédaction porte la responsabilité d'une violation temporaire.

Une issue qui satisfait le plaignant. Son conseil, Me Thomas Barth, précise que «d'autres démarches ne vont pas manquer d'être initiées sur la base de cette importante décision». En clair, une procédure civile pour obtenir un dédommagement. «Le tort moral causé par cette diffusion a été dévastateur», ajoute l'avocat.

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