Sept mois de mariage ont suffi à détruire Salma (Prénom fictif). En recueillant cette jeune Marocaine, la directrice d'un foyer d'urgence a été impressionnée par «son aspect décomposé, comme si elle sortait d'un tombeau». D'un enfer certainement. Après avoir avancé que «c'étaient les soucis qui causaient des bleus à sa femme», Marcello (prénom fictif) a finalement reconnu les faits à l'ouverture de son procès devant la Cour d'assises de Genève. «J'ai été vraiment méchant», a déclaré l'accusé, sans parvenir toutefois à expliquer les raisons qui l'ont poussé à séquestrer, battre, violer, insulter et menacer sa victime.

Marcello, un Sicilien de 35 ans, a rencontré sa future épouse lors d'un voyage au Maroc. «Je pense qu'il cherchait une femme soumise, une esclave qui supporte tout. Il pensait sans doute qu'une musulmane ferait l'affaire», raconte Salma. Les cheveux dissimulés sous un foulard rose, une silhouette menue sous un long manteau boutonné, elle explique avoir eu dès le départ un «mauvais sentiment». A peine leur union célébrée, en janvier 1999, les brutalités ont commencé. «J'ai appelé la police lorsqu'il m'a ouvert le front sur le radiateur. Les gendarmes m'ont dit qu'il faisait déjà cela avec son ex-femme, mais je lui ai pardonné en croyant que les choses allaient s'arranger.» Elles ont empiré. Maladivement jaloux et possessif, Marcello l'enfermait dans l'appartement tout en bouchant le judas de l'extérieur avec du scotch. Il mouillait ses vêtements le matin pour qu'elle n'ait rien à se mettre. Enfin, il a résilié l'abonnement du téléphone pour lui éviter tout contact avec ses proches et détruit son permis B pour lui rendre la fuite plus difficile. A la moindre contrariété, l'accusé frappait et insultait. «Je te couperai en morceaux», lui disait-il. Ses cris ont incommodé mais n'ont pas fait bouger les voisins. «Il y a beaucoup de mouvement dans cet immeuble des Avanchets, et certaines personnes n'ont pas envie d'aller à la police», pense cette inspectrice.

Marcello a infligé le même isolement à ses trois enfants, issus de sa précédente union. Durant tout un mois de vacances, en juillet 1999, les petits ont été interdits de sortie. De plus, ces derniers étaient présents lorsque leur père a jeté Salma dans la baignoire avant de la lacérer à coups de corde métallique, ou lui a planté une fourchette dans la cuisse. Lorsque la police est intervenue pour que Marcello restitue les enfants à leur mère à l'échéance du droit de visite, Salma n'a pas saisi l'occasion. «Je ne savais pas où aller», explique-t-elle. Finalement, au mois de septembre, elle a profité d'un déménagement pour prendre la fuite, porter plainte et entamer une procédure de divorce.

Selon l'expert psychiatre, l'accusé ne souffre d'aucune pathologie mentale et doit être déclaré pleinement responsable de ses actes. Durant toute l'enquête, Marcello a assuré qu'il n'avait rien fait et très longuement expliqué avoir été lui-même victime des abus de cette femme trop jalouse. Jugé depuis lundi, l'homme plaide coupable tout en étant beaucoup moins bavard. Libéré après trois mois de détention préventive, il a noué une relation avec une Tunisienne qui attend un enfant. «Je ne recommencerai plus», assure l'accusé. Le jugement sera rendu mardi.