Appelée à succéder au très controversé Rémy Fankhauser à la direction d'un office du tourisme jurassien déliquescent, Nicole Houriet, entrée en fonction le 1er mars (Le Temps du 12 janvier), fait son nid. Son action auprès des prestataires est bien appréciée. Pour la première fois depuis plus de deux ans, Jura Tourisme inspire confiance. On évoque davantage son travail que ses bisbilles.

Après avoir imposé le port de l'uniforme à ses collaboratrices, Nicole Houriet a remporté un premier succès: elle a convaincu les acteurs touristiques du Clos-du-Doubs et d'Ajoie d'allier leurs spécificités et de proposer des forfaits. Elle s'emploie à inculquer aux Jurassiens une mentalité nouvelle, plus ouverte envers les touristes. La partie est délicate, mais la nouvelle directrice ne ménage pas son énergie pour faire passer son credo. Elle préconise un tourisme vert, doux, de proximité, basé sur la qualité de l'accueil.

Le Temps: On vous voit beaucoup depuis votre arrivée à Jura Tourisme. Avez-vous le sentiment d'apporter une impulsion positive?

Nicole Houriet: Oui. A l'intérieur des structures anachroniques de Jura Tourisme d'abord, après les problèmes rencontrés ces dernières années. Je suis aussi allée à la rencontre des prestataires, de façon spontanée, pour montrer que je suis là. J'ai l'impression que mon action est ressentie positivement.

– Les tumultes qui ont secoué Jura Tourisme, avant votre arrivée, perturbent-ils votre travail?

– On commence toujours par me raconter les bisbilles et les rancœurs des deniers mois. Malgré les problèmes, nombre de prestataires ont continué de s'organiser eux-mêmes. Cela ne facilite pas mon travail fédérateur. Il faut les persuader de l'efficacité retrouvée de Jura Tourisme, qui veut travailler avec eux.

– Avec le départ, fin juin, du président contesté André Richon, êtes-vous devenue seule maîtresse à bord?

– Le départ de M. Richon, c'est une tranquillité qui s'installe. Etre seule maîtresse à bord? absolument pas. Je suis contente d'avoir un Département cantonal de l'économie très présent et un comité de plus en plus opérationnel.

– Vous réclamez de la qualité. Est-elle absente du tourisme jurassien?

– Elle existe, mais elle est trop parsemée. L'accent doit être mis sur la qualité de l'accueil, du service, du contenu de l'assiette, de sa chambre d'hôtel. Qualité ne signifie pas forcément luxe.

– L'accueil n'est-il pas une qualité innée chez le Jurassien?

– Vu de l'extérieur, le Jurassien est un bon vivant. Mais il manque de culture touristique. L'Ajoulot est par exemple méfiant. Pourtant, je le crois capable de recevoir les visiteurs. A condition de s'en donner les moyens, de parler d'autres langues que le français, d'accompagner le voyageur qui veut découvrir la région. Et pas seulement le harponner dans son établissement et essayer de lui prendre le maximum dans son porte-monnaie.

– Vous avez remporté un premier succès en proposant des forfaits dans le Clos-du-Doubs et en Ajoie.

– Absolument. Nous avons réuni plus de vingt prestataires dans le Clos-du-Doubs, en juxtaposant leurs spécificités: la pêche, les fromages, la visite de Saint-Ursanne, les balades à vélo. Il faut s'appuyer sur nos atouts: la nature, mais aussi la culture, les gens, l'économie, l'histoire. Reste à tout harmoniser.

– Vous êtes très présente dans le Jura. Ne devriez-vous pas aller faire de la promotion à l'extérieur?

– Cela viendra. Il faut d'abord construire et assainir sur place. Lorsque l'harmonie sera revenue, avec des produits fiables et des prestataires disponibles, il vaudra la peine de sortir. Il serait faux d'aller vendre un Jura morcelé. Je tiens à affirmer l'identité touristique du canton du Jura auprès d'un public proche: en France voisine, en Suisse alémanique, dans le sud de l'Allemagne.

– L'autorité politique souhaite qu'Expo.01 soit profitable au tourisme jurassien. Est-ce un miroir aux alouettes?

– Non. Le Jura sera un lieu de passage pour aller à l'expo. Il faut en tenir compte pour arrêter une stratégie. Nous pourrions, par exemple, prendre en charge des visiteurs venus du nord, à Delémont ou Glovelier, les emmener par les trains CJ ou des autocars régionaux sur les arteplages de Bienne ou Neuchâtel; puis en les ramenant, les inciter à s'arrêter une nuit dans le Jura et dormir sur la paille, dans un camping ou un hôtel. Pour qu'ils perçoivent une ambiance et un paysage et qu'ils aient envie d'y revenir.

– Nombreux sont ceux qui se sont cassé les dents à vouloir sortir le tourisme jurassien du marasme. Craignez-vous d'échouer?

– Non. Je refuse d'imaginer l'échec. Je sais que la tâche est délicate, le contexte de départ peu favorable. Mais je veux parvenir à des résultats. Dans quatre ou cinq ans. Voir le nombre de nuitées augmenter. Evidemment. Et montrer que le tourisme a un impact sur les résultats économiques aussi.