Avril 2005. Le délai maximal fixé par le Parti radical suisse pour régler la succession à la présidence de Rolf Schweiger est un hommage intrinsèque au démissionnaire, qui a dû renoncer pour cause de surmenage (LT du 6.11.2004). En effet, c'est un PRD confiant dans son unité retrouvée et dans le fonctionnement renouvelé de ses structures dirigeantes qui a décidé de prendre le temps qu'il convient pour dénicher la perle rare, la personne capable de prendre durablement les rênes du parti de centre droit et de le replacer au cœur de l'échiquier politique du pays. Certains responsables ne voient qu'une professionnalisation du poste pour en assurer le succès.

Lundi matin, le comité directeur a tenu à Berne une réunion «calme et empreinte d'amitié», selon les mots de la désormais présidente ad interim, la conseillère nationale appenzelloise Marianne Kleiner. Le seul constat que la démission abrupte de Rolf Schweiger n'a pas, au cours du week-end, réveillé les luttes intestines qui ont marqué les dernières valses de président(e) s, ni suscité de rejets catégoriques pour le poste de la part des différents papables tient déjà du succès, avance pour sa part Guido Schommer, secrétaire général.

Dans cet esprit, la direction du PRD a décidé de ne rien changer à la marche d'un «navire qui suit son cours même si le capitaine a lâché le gouvernail» (dixit Marianne Kleiner). Aucun agenda extérieur, pas même la perspective d'une bataille politique autour de Schengen et de la libre circulation des personnes, ne doit perturber le calendrier interne adopté par les radicaux. Et tant pis – tant mieux, même – si la présidence n'est pas repourvue au 15 janvier, date de l'assemblée des délégués, à Soleure. «Un tel délai n'aurait pas permis aux candidats de présenter correctement leur projet, ce qui me paraît essentiel», commente François Longchamp, président du PRD genevois.

Pour trouver son nouveau primus inter pares, le PRD a donc choisi d'instaurer une commission de recrutement, dirigée par le président du Conseil des Etats, le Glaronais Fritz Schiesser. «Nous examinerons attentivement toutes les candidatures proposées, mais nous pourrons aussi proposer nous-mêmes des personnalités, explique-t-il. Nous ferons ensuite un rapport détaillé au comité directeur du parti, qui tranchera. Rien ne nous interdit de conclure notre travail avant le mois d'avril… La personne choisie devra réunir d'évidentes qualités de conduite (cela inclut le charisme médiatique), de capacité de rassemblement, et de potentiel de décision qui permette d'élargir notre base électorale. Mais cette personne devra s'inscrire formellement dans la continuité de Rolf Schweiger, c'est le cadre que le parti a fixé.» Pas question de rediscuter de la ligne, donc.

La composition de cette commission sera discutée samedi prochain à Olten, lors d'une réunion extraordinaire du groupe parlementaire et des directeurs des sections cantonales. Sûr qu'on y parlera aussi des critères de sélection, qui restent pour l'heure «sans a priori», même s'il fait peu de doute, à converser avec plusieurs présidents cantonaux, que l'élu(e) sera choisi(e) parmi la députation parlementaire nationale, sauf grosse surprise. En revanche, la provenance géographique reste ouverte: «Ce sont les Romands qui parlent d'un Alémanique», fait remarquer Guido Schommer. Doris Fiala, présidente du PRD zurichois, n'exclut pas du tout un Tessinois ou un Romand, glissant, aux côtés du nom du chef du groupe parlementaire Fulvio Pelli, celui de la conseillère d'Etat Marina Masoni. Mais elle ne peut s'empêcher de voir en Felix Gutzwiller une sorte de candidat idéal.

Comme d'autres dirigeants cantonaux, Doris Fiala pose toutefois clairement la question de la professionnalisation du poste: «Nous disposons de personnes très compétentes, reste à créer les conditions-cadres pour que celle qui sera choisie puisse faire son travail. Ce job prend énormément de temps et d'énergie, d'autant plus que nous ne sommes pas précisément sur le chemin du succès. Je le remarque au niveau cantonal: il faut avoir les épaules très larges pour répondre à la pression constante de l'accessibilité permanente (les coups de fil sur le portable, une centaine de courriels par jour), d'un environnement politique et médiatique plus dur. L'idéal serait d'avoir un parlementaire à Berne qui serait rémunéré à hauteur d'un chef d'entreprise. Nous devons au moins réfléchir à cette solution.»

Et de mettre en exergue le cas de Ruedi Noser, un des trois vice-présidents actuels du PRD suisse, qui, patron d'une PME et père de quatre enfants en bas âge, réfléchira sans doute à deux fois, d'un simple point de vue économique, avant de se lancer. François Longchamp abonde: «Lorsque je constate que la simple gestion d'une section comme Genève implique presque du plein temps, je me demande comment faire pour diriger le parti suisse à temps partiel!» Les radicaux se sont donné cinq mois pour répondre, entre autres, à cette épineuse question.