Dans ses habits de ministre des Finances, Serge Dal Busco a longtemps martelé qu’il se battait au quotidien pour maintenir l’opulence de Genève. Comme chef du Département des infrastructures (DI), le discours n’a pas changé. «La mobilité, a-t-il affirmé lors de la présentation de ses priorités de législature, est un levier fondamental pour garantir la prospérité de Genève.»

Les congestions quotidiennes sont telles qu’elles menacent désormais la place économique genevoise, selon le PDC. Pour corriger la situation, il compte s’appuyer sur un texte approuvé par 69% des Genevois en 2016: la loi sur une mobilité cohérente et équilibrée (LMCE). Son principe est de donner une priorité absolue aux transports en commun au centre-ville. «Il n’est pas admissible, a souligné Serge Dal Busco, que des trams bondés, qui nous coûtent énormément à l’acquisition et à l’entretien, soient bloqués dans un carrefour comme celui de la place des Vingt-Deux-Cantons. C’est contraire au bon sens et à la bonne gestion des finances publiques.»

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«Redistribuer l’espace»

Dimanche, le canton a voté à 80% en faveur de l’article introduisant les pistes cyclables dans la Constitution suisse. Serge Dal Busco y voit le signe d’une évolution. Le DI annonce 1,5 milliard de francs d’investissement: deux tiers pour la mobilité douce et les transports en commun, un tiers pour les routes. «Il faut redistribuer l’espace, en tenant compte de la loi sur la mobilité cohérente et équilibrée (LMCE)», a déclaré le ministre.

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Au centre, les zones limitées à 30 km/h doivent se multiplier afin de débarrasser certains quartiers du trafic de transit. En contrepartie, la régulation des feux rouges pour le transport privé favorisera la traversée du centre par le «U» lacustre. Dans la moyenne ceinture, la plus grande fluidité doit être garantie au trafic individuel. Le PDC insiste: pour que la LMCE déploie ses effets, cette partie-là des mesures n’est pas négociable. «Mon intention est d’appliquer sans états d’âme cette loi, un compromis historique mené par Luc Barthassat», a-t-il dit.

Des parkings pour les deux-roues

Le détricotage de l’action menée par Luc Barthassat lors de la dernière législature s’arrête donc là. La LMCE devait être la pierre angulaire de son second mandat, s’il avait été réélu. Elle lui survivra, au contraire de l’expérience abandonnée d’ouvrir les voies de bus aux deux-roues motorisés. Consolation pour les motards: le nombre de places de stationnement va être revu à la hausse, quitte à faire disparaître certaines cases pour automobiles. Des espaces en sous-sol, payants, seront créés pour les deux-roues. Au passage, le conseiller d’Etat a affirmé que le principe de la compensation obligatoire «peut être remis en cause».

L’autre cible de la politique de Serge Dal Busco est constituée par les parkings. Ne pas s’acquitter du prix des places en zones payantes ne doit plus être aussi attractif. Aujourd’hui, 40% des automobilistes paient leur dû. Les contrôles seront renforcés.

Priorité au Léman Express

Selon le DI, un tiers des places relevant des entreprises sont offertes aux employés. Or, cet argument agit comme un aspirateur à voitures. Deux pistes sont à l’étude: la fiscalisation de cet avantage et l’incitation à mettre sur pied des plans de mobilité. «Je suis prêt à démontrer que les entreprises contribuent au problème de congestion dont elles sont également victimes», a résumé le conseiller d’Etat.

En décembre 2019 sera inauguré le Léman Express. «Du gros, du lourd, du bien réel», insiste Serge Dal Busco, qui en fait sa priorité. «Tout ne sera pas parfait le jour de la mise en service, prévient-il. Mais j’ai demandé à mes équipes de tout faire pour éviter que ces imperfections ne viennent cacher la beauté de l’ensemble.»

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