Genève

Serge Dal Busco, le trésorier accablé

Le refus genevois de la réforme de l’imposition des entreprises résonne comme un nouveau revers pour le chef des finances du canton. A une année d’échéances électorales, le fébrile démocrate-chrétien sera la cible de toutes les attaques

En décembre 2016, Serge Dal Busco pouvait s’enorgueillir d’avoir doté son canton d’un budget pour l’exercice suivant contrairement à l’année en cours et d’être à bout touchant – tout du moins, espérait-il encore – dans l’obtention d’un large consensus autour de la mise en œuvre cantonale de la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III). Quelques semaines plus tard, le grand argentier devait déchanter. Sa grande alliance politique autour du volet genevois de la RIE III volait en éclats, PS et Verts ayant décidé de quitter la table des négociations. Et puis est arrivé le 12 février. Pour la première fois depuis au moins vingt ans, le gauche tenait enfin sa victoire fiscale à Genève, dans ce terreau des multinationales et berceau du feu Parti libéral. Une défaite personnelle? «J’aurais tendance à penser le contraire», répliquait dimanche le ministre argumentant que le mince refus genevois (52,3%) n’était pas déshonorant en regard du résultat bâlois (57,5%) ou encore zurichois (62,5%).

Directeur général de la Fédération des entreprises romandes, Blaise Matthey acquiesce. «Je ne lui ferai pas de reproches, d’autant plus que sa marge de manœuvre vis-à-vis d’un objet fédéral était relativement faible.» «Serge Dal Busco n’a pas tout fait juste mais on ne peut pas lui imputer l’échec de la réforme à l’échelon cantonal», ajoute le député libéral-radical Cyril Aellen. En réalité, nombreux sont ceux qui blâment toujours l’exécutif pour avoir imposé aux partis politiques, un ultimatum au 17 janvier pour qu’ils ratifient la convention de mise en œuvre cantonale de la réforme. «C’était le meilleur moyen de braquer le PS et les Verts qui voulaient attendre de connaître le sort réservé à un référendum qu’ils soutenaient, commente le député MCG François Baertschi. Pire, le Conseil d’Etat n’a même pas invité l’UDC à participer à ces négociations, de quoi faire grandir l’ampleur de l’opposition.»

Un verre à moitié plein

Lorsqu’il analyse les résultats genevois, Serge Dal Busco répète qu’il préfère voir le verre à moitié plein. Certes, mais il ne peut nier que ce qui devait être la réussite de sa législature, la «mère des batailles» qui aurait soufflé dans les voiles du magistrat à l’orée des élections cantonales 2018, est aujourd’hui parti en fumée. Sans ce trophée, le chef des finances est désormais la cible idéale pour le PLR qui se prend toujours à rêver de conquérir un troisième siège à l’exécutif. Et pourquoi pas de reprendre les Finances, département phare pour celui qui – soyons fous – rêverait de devenir un jour conseiller fédéral. On rappellera que disposant de deux magistrats sur sept au Conseil d’Etat mais seulement onze députés sur cent au Parlement, le Parti démocrate-chrétien demeure surreprésenté à la Tour Baudet.

Mais pire encore pour l’avenir de l’édile, il annonce d’ores et déjà le dépôt devant le Grand Conseil du vaste projet de refonte de la grille salariale de la fonction publique. «Un suicide politique, s’étonne un membre du PDC. Il aura alors l’assurance d’avoir, en plus du PLR, toute la gauche et les syndicats contre lui.» Et comme si ces seuls dossiers ne suffisaient pas, l’ancien ingénieur civil diplômé de l’EPFZ aura aussi à mener les réformes devenues indispensables pour assainir les finances de la Caisse de pension de l’Etat de Genève, sous-capitalisée depuis sa naissance. Aura-t-il les épaules assez larges pour mener de front ces projets?

«On lui donne toutes les tâches les plus ingrates», reconnaît François Baertschi. «Mais il n’est pas à la hauteur des enjeux», rétorque le député socialiste Roger Deneys qui tente de lui trouver des circonstances atténuantes, comme celui de devoir subir la perpétuelle comparaison avec son prédécesseur, le «poids lourd» qu’était l’écologiste David Hiler au sein de l’exécutif. Un haut fonctionnaire se souvient de cette époque: «Les décisions qu’il prenait étaient rarement contestées au sein du département. Aujourd’hui, on sent clairement la différence où chacun veut les discuter.» Un autre élément perturbe toujours les députés: l’impression que le magistrat demeure assujetti au président du Conseil d’Etat, le libéral-radical François Longchamp. Une influence qui dénote, selon eux, un manque de «leadership» du chef des finances. On l’aura compris, les élections cantonales ont bel et bien débuté à Genève.

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