«Il est le meilleur de tous ceux qui ont postulé.» Doris Leuthard est catégorique au moment de justifier le choix de Serge Gaillard comme nouveau chef de la division du travail au Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco). La cheffe du Département fédéral de l'économie (DFE) a semble-t-il été très rapidement convaincue de la justesse de cet engagement. On en veut pour preuve le fait que les premières indiscrétions sur sa préférence ont été publiées par le magazine Facts début octobre, soit bien avant la fin de la procédure de sélection du successeur du radical Jean-Luc Nordmann.

Aujourd'hui, Doris Leuthard sait qu'elle devra défendre son choix face à une droite perplexe et en partie indignée. Car Serge Gaillard n'est pas n'importe qui. Titulaire d'un doctorat en sciences économiques, ce germanophone d'origine valaisanne a grandi à Zurich. Militant marxiste dans sa jeunesse, il occupe le poste de premier secrétaire de l'Union syndicale suisse (USS) depuis 1993, époque à laquelle il a aussi adhéré au Parti socialiste. Les réactions ne se sont pas fait attendre. Le directeur de l'Union patronale suisse, Thomas Daum, et economiesuisse exigent que Serge Gaillard «prenne ses distances avec les exigences de l'USS».

Modifier la focale

«Certains se demandent pourquoi Doris Leuthard amène un représentant de la gauche. Je réponds qu'il offre une riche palette d'expériences dans le domaine du marché du travail. Il fut membre de plusieurs commissions d'experts sur l'assurance chômage et le marché du travail. Il a aussi œuvré dans la commission tripartite chargée de la mise en œuvre des accords bilatéraux», explique la conseillère fédérale, qui est parvenue à imposer son choix à ses collègues du gouvernement. Ce qui n'allait pas de soi. «Je n'ai pas besoin de faire de concession à la gauche, je veux des gens compétents. C'est quelqu'un de pragmatique plutôt qu'un idéologue et je ne doute pas qu'il aura l'indépendance nécessaire», ajoute-t-elle.

De son côté, Serge Gaillard assure qu'il s'engagera au Seco pour le même idéal qu'il a défendu pendant douze ans à l'Union syndicale suisse: «Le plein-emploi, une économie compétitive et flexible et de bonnes conditions de travail.» Sur ce point, le PRD ne voit pas en quoi il a défendu l'économie suisse jusqu'à maintenant. Sans doute Serge Gaillard devra-t-il modifier sa focale à ce sujet, notamment lorsqu'il aura sur son bureau la prochaine révision de l'assurance chômage, qui pourrait toucher aux prestations (lire en page 10). «J'ai toujours défendu une solution permettant d'assurer l'équilibre de l'assurance chômage. Cela peut nécessiter de nouvelles recettes et peut-être quelques adaptations de prestations», concède-t-il.

Le syndicaliste changera de casquette le 1er février 2007. A cette même date, Eric Scheidegger, docteur en sciences économiques, ancien journaliste à la Neue Zürcher Zeitung, ancien conseiller économique de Pascal Couchepin et aujourd'hui chef de la promotion économique, deviendra l'adjoint du directeur Jean-Daniel Gerber, et donc numéro deux du Seco.

Désaccord autour du «cassis de Dijon»

Doris Leuthard complète l'équipe dirigeante du Seco en désignant l'avocate Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch, issue d'une famille thurgovienne, au poste de responsable du commerce mondial (OMC, AELE, OCDE), avec le titre d'ambassadeur. Elle succédera le 1er avril 2007 à Luzius Wasescha, nommé chef de la mission suisse auprès de l'OMC à Genève.

Son équipe constituée, Doris Leuthard va maintenant pouvoir se consacrer à l'un des dossiers qui lui tiennent le plus à cœur: l'introduction du principe du «cassis de Dijon», qui permet d'importer des produits autorisés dans l'Union européenne sans devoir procéder à de nouvelles homologations à leur entrée en Suisse.

Elle devrait présenter sa proposition peu après la votation sur l'aide aux pays de l'Est. Il s'agit d'un dossier controversé. Doris Leuthard défendait déjà cet acte de libéralisation lorsqu'elle siégeait au parlement, persuadée que le «cassis de Dijon» contribuera fortement à abaisser les prix des produits importés.

Or, au Seco, Luzius Wasescha en était nettement moins convaincu, ajoutant à cela que la reconnaissance de ce principe risquait de poser des problèmes avec l'OMC. Son départ à la mission suisse auprès de l'OMC au poste de responsable du commerce mondial n'est sans doute pas sans lien avec ce désaccord stratégique.