Eveline Widmer-Schlumpf crée la surprise en nommant Serge Gaillard au poste de directeur de l’Administration fédérale des finances (AFF). Premier secrétaire et chef économiste de l’Union syndicale suisse (USS) pendant une dizaine d’années, cet homme de 57 ans, docteur en sciences économiques, pilote depuis 2007 la Direction du ­travail au Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco).

Ce bilingue de langue maternelle allemande, d’origine mi-vaudoise mi-zurichoise, a aussi été membre de la Commission fédérale de la concurrence et du Conseil de banque de la BNS. Il a siégé dans des commissions d’experts sur l’assurance chômage, le logement et la libre circulation des personnes.

A l’AFF, il remplacera dès le 1er octobre Fritz Zurbrügg, qui part à la direction de la BNS le 1er août. Sa désignation renoue avec une ancienne tradition, qui a placé à la tête de l’AFF des universitaires formés à l’école socialiste. Ulrich Gygi et Peter Siegenthaler étaient de ce monde-là. Le parti socialiste (PS) a d’ailleurs salué mercredi la nomination de celui qui fut trotskiste dans sa jeunesse.

Attendu au tournant

Eveline Widmer-Schlumpf n’a visiblement pas peur de nommer à ce poste hautement stratégique un homme dont le parcours politique s’est situé à gauche. «Je privilégie les compétences. Il a un bon sens stratégique», commente-t-elle. Au Seco, Serge Gaillard a su gagner la confiance de ceux qui étaient ses adversaires politiques lorsqu’il était secrétaire syndical. Il a été l’artisan des mesures d’accompagnement à la libre circulation. Ardent défenseur du partenariat social, du plein-emploi et d’assurances sociales fortes, il affirme défendre une «politique financière et économique qui sache éviter de longues récessions».

S’il va désormais se détourner du marché du travail, auquel il a consacré ces treize dernières années, d’importants et difficiles défis l’attendent: la très controversée réforme fiscale écologique ainsi que de possibles programmes d’économies, car la bonne santé du budget fédéral ne durera pas éternellement. Il sait que la droite économique et politique l’attend au tournant.