L’historien Serge Klarsfeld persévère: il estime à 3000 le nombre de juifs refoulés par la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale, un chiffre bien en deçà de l’estimation retenue jusqu’ici, qui émanait du rapport de la Commission Bergier. La commission avait fait état d’un total de 24 400 refoulés.

Les calculs se révèlent toujours aussi complexes. En publiant son rapport en 1999, la Commission Bergier avait d’ailleurs dit sa difficulté à établir le nombre. Elle jugeait néanmoins que la majorité des 24 400 personnes reconduites aux frontières entre 1940 et 1945 étaient juives. Depuis, certains historiens arguaient que le total pouvait même être plus élevé en raison de la destruction de dossiers, tandis que d’autres accusaient la commission d’avoir surestimé le nombre de rejetés. En 1999 déjà, Serge Klarsfeld avait articulé le nombre de 5000.

Dans un entretien au journal Sonntag, il a répété la fourchette de «pas plus de 5000 refoulés». Travaillant avec l’historienne genevoise Ruth Fivaz-Silbermann, le spécialiste de la traque d’anciens dignitaires nazis et de la déportation dit avoir pu préciser ses recherches car la plupart des juifs avaient tenté d’entrer en Suisse par la frontière française; or, «un maximum de 1500» personnes ont été refusées sur ce versant du pays, assure-t-il. Il devrait présenter prochainement ses travaux, et en appelle à la création d’une nouvelle commission enquêtant sur cette question, car «il en va de l’image de la Suisse dans le monde».