Éditorial

Service civil: l’incohérence du Conseil fédéral

ÉDITORIAL. En voulant réduire l’attractivité du service civil, Guy Parmelin fait fausse route

Le 20 février dernier, cette conférence de presse du Conseil fédéral sur la révision de la loi sur le service civil avait été surréaliste. Guy Parmelin, le nouveau ministre de l’Economie, de la Formation et de la Recherche, venait y annoncer une grande nouvelle: aux sept mesures déjà prévues pour réduire l’attractivité de ce service à la communauté, il en ajoute une huitième, qui consiste à supprimer les missions à l’étranger. Il ne cache pas qu’il assimile ces missions à «des vacances».

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Rarement on avait vu un conseiller fédéral faire preuve d’une telle légèreté dans l’argumentation. Car c’est tout le contraire qui est vrai. Sur son site internet, l’Office fédéral du service civil (CIVI) avertit d’ailleurs les candidats: «Les affectations à l’étranger exigent davantage d’engagement de votre part.» Ainsi, les intéressés doivent avoir achevé une formation professionnelle ou avoir accompli au moins deux ans d’études. Ils doivent aussi se soumettre à un test d’aptitude et à un examen médical. Ces conditions sévères limitent d’ailleurs fortement le nombre de civilistes, qui n’ont été que 67 en 2018, soit moins de 1% de l’effectif total.

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Plus grave: le gouvernement fait preuve d’incohérence dans sa politique étrangère. D’une part, son Office du service civil exige que les missions à l’étranger soient effectuées dans le cadre de la coopération au développement ou de l’aide humanitaire, dont on sait qu’elle contribue à la sécurité de la Suisse. D’autre part, le Conseil fédéral donne le signal inverse en voulant les supprimer. Il cède à un populisme bien dans l’esprit du temps en Suisse. Ces dernières années, il est de bon ton d’attaquer la Direction du développement et de la coopération (DDC), dont le budget annuel en milliards fait des jaloux. Le parlement a fait chuter à 0,46% du PIB en 2017 le taux d’aide au développement, alors qu’il avait pourtant promis de le maintenir à 0,5%. De son côté, l’UDC planifie même une initiative populaire puisant dans les fonds de la coopération au développement pour renflouer les comptes de l’AVS.

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Guy Parmelin fait fausse route. Les civilistes acquièrent à l’étranger des compétences uniques qu’ils peuvent réinvestir en Suisse, que ce soit dans l’économie privée ou dans l’administration impliquée dans la politique de sécurité. Et à l’étranger, ils sont eux aussi les ambassadeurs d’une Suisse neutre, non seulement attachée au droit humanitaire, mais fière de transmettre un savoir-faire à travers des projets novateurs sur le plan technologique.

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