L'assainissement de l'ancienne décharge de Gamsenried dans le Haut-Valais où l'entreprise chimique Lonza a déposé des déchets entre 1918 et 1978 se fera par étapes, a décidé le service valaisan de l'environnement (SEN). Les travaux devraient commencer dans quelques mois et durer des décennies.

«Il s'agit de l'assainissement le plus grand et le plus complexe de notre canton», a lancé d'entrée mardi le chef du département de la mobilité, du territoire et de l'environnement Jacques Melly lors d'un point-presse présentant les bases de la stratégie choisie par son service. L'assainissement du site est exceptionnel en raison de son ampleur mais aussi de sa localisation.

Pollution de la nappe phréatique

Environ un tiers de la plaine est pris par la décharge qui s'est construite par couches, année après année, et qui touche directement la nappe phréatique par endroits, détaille Yves Degoumois, chef de la section des sites pollués, sols et eaux souterraines du SEN. Des mesures de confinement, mises en place en 1990, devaient éviter que les eaux souterraines polluées ne s'écoulent hors du périmètre de la décharge.

Mais les investigations en détail du site montrent que des polluants, principalement du mercure, des amines (aniline, benzidine) et du benzène se retrouvent tout de même en aval de l'ancienne décharge, sous forme d'un panache qui s'étend sur près de 3 kilomètres. Ce qui a depuis donné lieu à des restrictions de son utilisation. La stratégie développée vise à d'abord renforcer les mesures de confinement, traiter le panache et assainir les zones de la décharge présentant le plus grand risque pour les eaux souterraines.

Une surface équivalente à vingt-neuf terrains de foot

Ces mesures d'urgence seront suivies d'un assainissement par étapes de l'ensemble de l'ancienne décharge. Deux variantes sont actuellement sur la table: soit les polluants organiques sont traités sur place sans être excavés, soit les matériaux pollués sont traités après excavation dans une installation appropriée construite sur le site.

Là aussi, les intervenants notent que les décennies de déchets entreposés représentent environ l'équivalent de vingt-neuf terrains de foot. L'assainissement par étapes et par zone devrait permettre de combiner différentes variantes selon le niveau de pollution et les possibilités de traitements des polluants, a détaillé le chef des projets environnementaux à Lonza.

Afin de pouvoir évaluer définitivement ces deux options, le SEN a demandé à l'entreprise chimique d'effectuer des tests supplémentaires en laboratoire et sur le terrain, puis de procéder à une évaluation complète des variantes d'assainissement pour chaque secteur de la décharge. «Tout est examiné, analysé et chiffré. Nous ferons ensuite le choix de ce qui est légalement nécessaire et financièrement supportable», résume Jacques Melly.

L'Office fédéral de l'environnement sera également interpellé, une fois la variante choisie, complète le chef du département de l'environnement. Selon lui, le «travail de titan pourra alors commencer dans quelques mois» et devrait durer plusieurs décennies. La durée de l'assainissement, «un projet générationnel», ne pouvait encore être articulée tout comme son coût d'ailleurs.

Lonza préfinance les travaux

A ce sujet, «rien n’est arrêté. On essaie de déterminer qui a pollué quoi, pour savoir qui doit payer quoi», a détaillé Jacques Melly. Le responsable du site de Lonza à Viège Renzo Cicillini a confirmé que l'entreprise, qui a entreposé la plus grande partie des matériaux problématiques sur le site, «paiera ce pour quoi elle est responsable».

«Il est encore trop tôt pour dire quels déchets resteront après cette prise en charge, a ajouté Christine Genolet-Leubin, cheffe du service de l'environnement. Et de souligner que «pour l’instant, il n'y a pas d'indicateurs que l’Etat devra mettre la main au porte-monnaie». A ce stade, Lonza paie les analyses et les études nécessaires à l'assainissement et préfinance la totalité des travaux.

Une fois nettoyée, la décharge de Gamsenried ne devra plus constituer une menace pour les eaux souterraines, même sans mesures de confinement.