Les Services industriels genevois (SIG) se retirent de France. Copropriété des collectivités publiques genevoises, l’entreprise a confirmé hier l’information révélée par 20 minutes. Elle confirme également le dépôt d’une plainte pénale consécutive à la découverte d’irrégularités comptables, portant sur 10 000 francs.

«C’était un ballon d’essai, que nous mettons de côté pour l’instant, au vu du contexte économique», explique la porte-parole des SIG, Isabelle Dupont Zamperini. Selon elle, les pertes sont limitées: «un million de francs tout au plus, y compris les salaires, sur deux ans.» La société, créée en novembre 2009 par le Conseil d’administration des SIG, a mis ses activités en veilleuse début décembre, selon les vœux du même conseil. Deux des trois employés sont réintégrés au sein de la maison mère. Le troisième, soupçonné d’indélicatesse, est licencié.

Ex-adjoint au maire

Selon plusieurs sources, cet homme, qui bénéficie de la présomption d’innocence jusqu’au terme de l’enquête, est l’ancien directeur général de la microstructure, Roger Vioud, bien connu dans le sérail politique local pour avoir été adjoint de l’ancien maire d’Annemasse, puis conseiller régional de Rhône-Alpes. Lassé des bisbilles internes du Parti socialiste français, ce quinquagénaire en a démissionné en mai 2009, renonçant à briguer la reconduction de son mandat régional aux élections de l’an dernier.

L’aventure française des SIG s’est inscrite, au départ, dans le cadre de la politique régionale. L’entreprise a accepté occasionnellement de prêter ses services pour la distribution d’eau ou son traitement, par-delà la frontière. Sur cette base, elle a décidé de se doter d’une personnalité juridique en France. Le mandat a été confié à un haut cadre, Christian Brunier, nommé président de la direction de l’antenne française. Cet ancien député socialiste a fait équipe avec Vioud qui était déjà chargé des relations transfrontalières chez SIG.

Politiquement, l’affaire fait le beurre du MCG, parti peu friand d’ouverture transfrontalière, dont le président, Eric Stauffer, a été exclu du conseil d’administration des SIG en 2009, sur fonds de révélations relatives à la rémunération du président du conseil de l’entreprise (l’ancien maire socialiste de Carouge Daniel Mouchet) et sur des importations envisagées de déchets napolitains. Dans cette formation, on ne manque pas de voir dans la dernière affaire en date la marque d’une «internationale socialiste des petits copains» et une «folie des grandeurs». Le parti voit là une raison de contrer la réforme de la gouvernance des régies publiques, votée en novembre, qu’il conteste par référendum (tout comme le PS, d’ailleurs).

Socialiste et administrateur des SIG, Alberto Velasco juge que Christian Brunier n’a en tout cas, pour sa part, «rien à se reprocher puisqu’il n’a fait qu’assumer son mandat». Pour Alberto Velasco, le fond de l’affaire tient au fait que «la mission de service public des SIG s’accordait mal avec une démarche d’affaires en France. Les risques encourus sont trop grands: les SIG n’ont ni le réseau, ni la structure qui suffisent pour enlever des marchés face à des géants comme Veolia.»

Décrivant ses activités sur Internet, SIG France indiquait que «depuis fin 2009, nous répondons à différents appels d’offres». La société avait circonscrit son champ d’action aux eaux potables et usées, au chauffage urbain, à la fibre optique et aux énergies renouvelables.