On attendait une réaction suisse négative: elle est plutôt musclée. Le Département fédéral des finances (DFF), d'habitude si mesuré dans ses propos, «récuse» sans ménagement le rapport Montebourg. Celui-ci «mêle entre eux données exactes, informations erronées et aspects en partie polémiques relatifs aux thèmes les plus divers», se fâche le DFF, pour qui le document basé sur une méthodologie douteuse «sape sa propre crédibilité par des accusations non fondées».

Sur le fond, les autorités politiques et le monde bancaire répondent en trois points. Primo, il est faux d'affirmer que la Suisse ne fait que réagir aux pressions internationales: sa législation anti-blanchiment, dont le noyau dur est en vigueur depuis dix ans, a même inspiré des directives internationales. Deuxièmement, le Groupe d'action financière internationale (GAFI), observateur autrement fiable, «a émis un jugement favorable sur le dispositif suisse dans sa dernière évaluation de 1998», rappelle le DFF. Enfin, l'efficacité du système est bien meilleure que ne le prétend le rapport des députés français. S'il est vrai que le nombre d'annonces enregistré en 1999 était quatre fois plus faible qu'en France, «le rapport omet de mentionner qu'elles ont eu deux fois plus de suites au plan judiciaire en Suisse qu'en France», relève l'Association Genève place financière qui attribue ce résultat à la méthode choisie par la Suisse, «moins formaliste mais nullement moins efficace que celle d'autres pays.»

L'association s'étonne encore que le rapport Montebourg, qui disserte sur le droit de succession valaisan, reste muet sur le code de déontologie baptisé «Wolfsberg Anti-Money-Laundering Principles», adopté par deux grandes banques suisses et neuf institutions internationales en collaboration avec Transparency International.

Secrétaire général de l'Association des banquiers privés suisses, Michel Dérobert estime «qu'il y a un côté assez arrogant à venir nous donner des leçons», alors que l'Assemblée française vient de renoncer à soumettre les avocats et les experts-comptables à la législation anti-blanchiment.

LT