Usagers et autorités se congratulent, les bus des transports publics genevois ont désormais leur propre piste sur le pont du Mont-Blanc à Genève. Un couloir obtenu suite à la gabegie qui a saisi le réseau complètement réorganisé à la fin 2011.Les médias ont largement relayé l’événement, avec l’image de la conseillère d’Etat Michèle Künzler taguant B U S en jaune sur la chaussée.

Pendant ce temps là à Zurich, les bus bleu et blanc des VBZ, l’équivalent des TPG, sillonnent la ville sur leurs propres pistes depuis le milieu des années 1970. Et depuis plus de trente ans également, quand un bus - ou un tram - s’approche d’un feu de signalisation, il ralentit à peine. Après quelques secondes d’attente, il peut poursuivre sa route, grâce au système Sésame qui lui donne la priorité sur les usagers motorisés. Carrefours et véhicules sont équipés d’émetteurs qui font passer les feux de signalisation au vert pour les transports publics.

Ces aménagements ont été décidés par la Ville de Zurich suite au refus par la population en 1973 d’un réseau de métro. «Il a fallu trouver autre chose pour augmenter la capacité des transports publics et éviter qu’ils ne restent bloqués dans les bouchons», explique Daniela Tobler, porte-parole des VBZ. Une centrale de pilotage, standard entre temps, mais pionnière à l’époque, complète l’offre. Elle suit à la trace chaque véhicule et peut intervenir très rapidement en cas d’accident pour détourner les lignes concernées.

La stratégie a aussi été affinée avec le temps. Ainsi, les VBZ essaient de ne pas imposer plus qu’un transbordement à ses usagers pour gagner le centre ville. La distance entre les arrêts ne peut pas dépasser 300 mètres. Dernier argument de choc, la fréquence. Pendant la journée, toutes les lignes ont une cadence de 7,5 minutes. «Nous avons amélioré l’image des transports publics. En ville de Zurich désormais, plus de la moitié des habitants n’ont pas de voiture», résume Daniela Tobler.

Quand on lit depuis Zurich que le président genevois de l’Association transports et environnement Thomas Wenger demande que «les feux de signalisation des carrefours principaux doivent donner la priorité absolue aux trams », on sourit. Et on s’étonne de voir Genève découvrir des recettes qui entre temps ne sont pas appliquées uniquement sur les bords de la Limmat. Mais quand on voit que les pouvoirs publics consultent aussi les organisations d’automobilistes comme le TCS pour des aménagements à apporter aux transports publics on comprend mieux.

L’exemple de Zurich montre que les autorités ont très tôt fait le choix d’une politique qui dissuade les automobilistes à s’aventurer au centre ville. Que ce soit pour l’espace réservé aux transports publics ou pour les places de parc chères et rares. Genève n’arrivera probablement pas à renverser la vapeur avec une seule piste de bus sur le pont du Mont-Blanc. Dans l’immédiat, c’est une bonne nouvelle pour les individualistes qui aiment le confort de leur quatre-roues bien à eux.