Sesil Karatantcheva a 15 ans, la langue bien pendue et l'ego qui sied à ses appétits de chipie surdouée. Elle n'avoue pour seul manquement qu'une défectuosité héréditaire: elle est Bulgare. «Les gens de mon pays sont des losers», minaude-t-elle. Hier, pour ses débuts très attendus en Grand Chelem, l'impétrante a subi les foudres de Maria Sharapova (6-3 6-1), dont elle rêvait secrètement de «botter les fesses», ne serait-ce que pour lui passer l'envie d'en jouer.

Aux rugissements querelleurs et à la morgue de sa rivale, Sesil K. a répondu par un sourire amusé qui, sous des airs de peste, fleurait bon la bravade. La demoiselle ne craint personne. Toutes les filles un peu timides du circuit juniors ont ployé sous ses coups de boutoir, écopé de ses colères et de ses outrances jusqu'aux capitulations les plus définitives. A l'académie floridienne de Nick Bolletieri, pépinière de blondinettes valeureuses, la Bulgare s'est forgé un tennis à son image: entreprenant, impavide, irrévérencieux. L'offensive continuelle depuis les lignes arrière, en coup droit ou en revers (à deux mains). Du talent, de l'esbroufe, beaucoup de férocité. Et une subtile coquetterie quand même.

A moins d'une défectuosité méconnue, la prodige fera beaucoup parler d'elle dans les années à venir. Sa vigueur en la matière n'est pas banale non plus. «Certaines personnes sont coincées, moi pas. Je ne suis pas de celles qui se taisent facilement. Préparez-vous à m'entendre.»

Gaël Monfils a 18 ans, un physique de videur et une désinvolture qu'il cultive à l'envi, dans un savant mélange de chewing-gum et de badineries. Pour ses débuts en Grand Chelem, le Français a battu Robby Ginepri 1-6 6-3 6-4 7-6. Il n'en a conçu qu'une fierté raisonnable, dominée par l'envie de faire ravaler à Ginepri ses propos comminatoires du deuxième set. «Je déteste qu'un joueur s'adresse à moi pour contester un point litigieux. J'enrage.»

Le garçon, né d'un père breton et d'une mère guadeloupéenne, a écumé le circuit juniors l'an dernier, avec trois titres à Melbourne, Roland-Garros et Wimbledon. «C'est un diamant brut», l'a dépeint Guy Forget, capitaine de l'équipe de France. Le jeu est créatif, intense, frénétique; une espèce de chaos organisé. Mais le prodige, dit-il, a domestiqué une partie de son exubérance pendant l'hiver. «Je suis plus réfléchi. J'ignore si c'est mieux; j'obéis juste à mon entraîneur.»

Une auguste cohorte avait assiégé le court 21 pour épier ses talents. Ils étaient autant de journalistes pour l'entendre raconter sa personnalité non moins prometteuse. «En général, je suis cool», a solennellement proclamé Gaël Monfils.