Silence! Les têtes blondes, brunes et même rouges ou bleues sont tout ouïe dans l'hémicycle du Conseil national. La salle des pas perdus est moins animée que lors des sessions ordinaires, l'antre de la Chambre basse inhabituellement très fréquenté. Il faut dire que rares sont les occasions où les jeunes ont le droit d'investir cette cité interdite, en dehors de la session annuelle qui leur est réservée et dont ils sont les héros.

Cette année, les politiciens en herbe ont décidé de parler de santé, de leur santé. L'alcool, la drogue, le bien-être mental, les dépendances ou la nourriture seront au centre de leurs préoccupations. Entre être concerné et impliqué, il n'y a qu'un pas que près de 200 jeunes ont décidé de faire en se déplaçant sous la Coupole.

Plus restrictifs que leurs aînés

Agés de 14 à 21 ans, ces parlementaires pour quelques jours ne paient souvent pas encore leurs primes de caisse maladie et pourtant, les coûts de la santé ne les laissent pas indifférents. «L'Etat doit débourser des centaines de milliers de francs pour les conséquences de l'alcoolisme», s'offusque un jeune homme de 16 ans. La politique intéresse «parce que notre vie quotidienne est influencée par elle», explique une jeune participante.

Pourquoi et comment boivent-ils? Leur sert-on de l'alcool au café du coin ou au magasin? Que pensent-ils du prix de la bière? La séance de travail de la «commission alcool» a des airs de réunion pour buveurs repentis. Que nenni! Ces jeunes ne sont pas là pour parler beuveries. La plupart ont déjà participé à des sessions régionales, durant lesquelles ils ont ébauché des solutions pour chaque problème. Des dossiers d'information sur la politique actuelle et des spécialistes de la santé les aident à mettre des mots sur les dysfonctionnements qu'ils observent dans leur vie d'adolescents.

«Je ne comprends pas pourquoi il existe une ordonnance qui laisse le choix aux cantons d'adapter la limite d'âge pour l'achat ou la consommation d'alcool», lance un jeune parlementaire. Etonnamment, ces bleus de la politique semblent être plus restrictifs que leurs aînés en place. «Il faudrait de vrais contrôles des cartes d'identité.» «Pourquoi ne pas faire payer le coca 2 francs?» Les idées ont des relents de naïveté, mais fleurent souvent le bon sens. «Nos propositions sont parfois extrêmes», confie Frédéric Fréchet, un membre du comité d'organisation. «Mais on ne sait jamais sur quoi ça débouche. Il ne faut pas être trop réaliste», lâche-t-il en souriant.

Le travail de chaque groupe se conclura par l'élaboration de propositions qui seront discutées au plénum, puis condensées sous la forme d'une pétition. Cette année, c'est la conseillère nationale radicale Christa Markwalder qui servira de relais entre les jeunes et les Chambres. L'élue bernoise portera, devant l'Assemblée fédérale, une motion qui reprendra complètement ou en partie la pétition des jeunes. Le plus gros succès des juniors de la politique est, pour l'instant, la mise sur pied de l'initiative pour les dimanches sans voiture, qui découlait directement d'un de leurs projets. «Les élus nous considèrent comme l'avenir de la politique, mais, en même temps, ils prennent rarement en compte nos propositions», déplore Frédéric Fréchet.