Le pouvoir et l'argent, puissant hermaphrodite, étaient l'hôte, mercredi, de Bissone, commune millénaire repoussée vers les eaux du lac par deux monstres modernes, l'autoroute et le rail. Le président de la Confédération, Moritz Leuenberger, a écouté les explications du maire, Gianni Moresi, et enregistré le message de bienvenue du conseiller d'Etat Marco Borradori. Bissone souffre, à en vomir, du bruit des voitures et des trains. Le village est charmant: pierres, voûtes, ruelles et platanes. Un petit port de pêche – le lac de Lugano est-il poissonneux? Cinquante millions de francs: c'est la somme nécessaire au déparasitage de Bissone. Moritz Leuenberger n'a pas fait de promesses, mais un discours dans lequel il a évoqué son enfance. Toutes ces images qui reviennent à sa mémoire, Bissone, l'Italie proche: c'est encore loin la plage? Qu'avons-nous fait, gens de passage, de cet écrin? Un bien beau gâchis. Il faut réparer, a dit le président de la Confédération. Les autorités et la population du village ont accueilli ces paroles telle la bénédiction d'un évêque. Moritz Leuenberger s'est laissé guider dans Bissone au rythme flânant des mondanités, précédé des caméras, suivi du cortège des honneurs. Il a signé des autographes aux enfants et serré de nombreuses mains. Une chorale a chanté. Il faisait beau. C'était très bien.