Tout est dans le coup de reins, la souplesse de la cheville, la flexion du genou, l'élasticité de la nuque. La mécanique du corps au service de la témérité. Car c'est être téméraire que de gravir, à la façon de certains parlementaires, les quatre marches qui permettent d'accéder au micro. Les spectateurs qui, du balcon de la grande salle du Palais des Congrès, dominent les débats du Conseil national ne manquent rien de cet instant de lévitation où le député, homme ou femme, s'élance du parterre, avec appui sur le pied gauche ou le pied droit, à l'assaut du court escalier. Les plus braves avalent les quatre marches d'un seul tenant. Ils ne sont pas peu fiers de leur exploit, mais il est bien élevé de n'en rien laisser paraître. D'autres, ayant mal calculé leur prise d'élan ou tout simplement conscients de leurs limites, rebondissent sur la deuxième marche et, au prix d'un dernier effort mobilisant les fessiers, atteignent le sommet. Les moins alertes font mine d'être absorbés par leur dossier, qu'ils connaissent par cœur, mais s'empressent de viser quand surgit la difficulté. Ils ne montent pas l'escalier, ils le dédaignent, le piétinent, l'écrabouillent. Passons aux élégants. Ils forment une catégorie propre et n'en font qu'à leur tête: ils sautillent de marche en marche, n'en épargnant aucune, tel le daim dans la prairie volant de jeunes pousses en feuilles tendres.

«…Garçon, un Campari-orange…»