ECOLOGIE

S’estimant diffamée, l’USAM exige des comptes de l’EPFL

L’Union suisse des arts et métiers goûte peu à un entretien critique donné par Bruno Oberle, professeur à l’EPFL, à propos de l’économie verte

La charge est lourde. L’Union suisse des arts et métiers (USAM) dénonce des propos «diffamants» tenus par le professeur de l’EPFL, Bruno Oberle, dans la presse allemande. La faîtière des PME a adressé une lettre salée au président de l’école polytechnique, Patrick Aebischer. Dans cette missive datée de samedi, que Le Temps s’est procurée, l’USAM exige un rectificatif officiel ainsi que des explications sur la coopération entre l’EPFL et l’économie.

Ce qui a mis le feu aux poudres? Bruno Oberle, ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement, aujourd’hui professeur titulaire en Economie Verte à l’EPFL, a donné jeudi dernier un entretien à Die Zeit sur la manière de mieux utiliser les ressources naturelles. Il souligne que l’économie joue un rôle clé dans ce domaine et regrette que l’initiative «Pour une économie verte» et son contre-projet, tous deux coulés aux Chambres fédérales, soient sans doute arrivés à un mauvais moment pour les PME. 

Bruno Oberle tire ensuite à boulets rouges sur l’attitude des associations économiques dans ce débat: «Economiesuisse ou l’USAM devraient représenter toutes les entreprises mais s’orientent au final vers les plus lentes et les plus inefficientes. Qui va dire aux politiciens: s’il vous plaît, empêchez la nouvelle loi sur l’environnement? Quelqu’un qui a un problème parce que sa technologie est désuète, parce qu’il n’a pas d’argent pour investir ou parce qu’il est dépassé par les changements. Cela empêche le progrès.»

Propos «fallacieux et indignes»

Cette interview «irrite extrêmement» l’USAM. Dans son courrier à l’EPFL, elle estime que l’opinion du professeur Oberle est partiale et sans nuances. Elle affirme que l’amélioration de l’efficacité dans l’utilisation des ressources et de l’énergie tout comme l’innovation figurent parmi ses objectifs stratégiques, mais que la régulation n'est pas le seul moyen d'atteindre ce but. L'USAM conteste aussi être une «neinsager» de l’environnement: En 2012, elle dit avoir soutenu le projet de loi sur la protection de l’environnement et soutient le Masterplan Cleantech.

Sa conclusion: «L'Union suisse des arts et métiers est préoccupée par le fait que des représentants de l'EPFL puissent tenir des propos aussi peu nuancés, voire fallacieux, indignes de la renommée internationale de leur institution (...) Les déclarations du professeur Oberle diffament sans ambages le travail de l'Union suisse des arts et métiers et des PME de l'économie suisse et sont hautement destructrices.»

Les Verts donnent raison à Oberle

De quoi faire s’étouffer Adèle Thorens, coprésidente sortante des Verts suisses. «Economiesuisse et l’USAM s’opposent à l’amélioration des conditions-cadre en faveur d’une gestion efficace des ressources et des entreprises qui investissent dans ce sens. Economiesuisse en particulier s’est engagée avec détermination contre le contre-projet du Conseil fédéral à notre initiative pour une économie verte et a fortement contribué à son refus par le parlement». Dans sa réponse à la consultation sur l'économie verte - initiative et contre-projet - datant de 2013, l'USAM  rejette aussi le plan d'action dans son ensemble.

En ce sens, Adèle Thorens estime que Bruno Oberle a raison de dénoncer la ligne suivie par ces faîtières. «Nous sommes à l’aube d’une transition écologique majeure de notre économie, du point de vue énergétique comme de la gestion des ressources. Les entreprises qui anticipent cette transition seront gagnantes, celles qui persistent à favoriser des pratiques et des technologies obsolètes y perdront des plumes. Notre objectif doit être d’inciter un maximum d’entreprises à s’engager pour faire partie des gagnants de cette transition. Malheureusement, l’USAM et Economiesuisse font tout le contraire.» L'EPFL suivra-t-elle cette ligne de défense ou tentera-t-elle la réconciliation? La lettre de l'USAM doit lui parvenir aujourd'hui. 

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