A partir de quel seuil de rejet un thème disparaît-il définitivement ou du moins à long terme de l'agenda politique? Il n'y a pas de règle absolue en la matière. Lorsqu'un projet est soutenu par les autorités, un rejet même faible est considéré en général comme un désaveu sans appel et entraîne une correction forte, pour autant que l'on juge que le rejet du peuple est lié au fond de la question. Le refus l'an dernier de la réforme fiscale écologique a par exemple conduit à un gel à long terme de tout projet similaire et au renoncement à une stratégie de sortie du nucléaire.

Lorsque l'initiative d'un projet qui capote en votation n'émane pas des autorités, ces dernières conservent en général une large marge de manœuvre quel que soit le résultat. Certes, plus un projet échoue de peu, plus les autorités sont légitimées à reprendre la question rapidement à leur compte par la suite. Mais, en définitive, l'absence ou non de volonté politique joue un rôle au moins aussi important que le score réalisé.

L'effet de surprise par rapport aux scores anticipés durant la campagne joue un rôle capital également. Les 35% de oui à l'initiative pour la suppression de l'armée avaient provoqué un séisme, contrairement par exemple aux 37% à l'initiative des 18% l'an dernier. Concernant «Oui à l'Europe!», le seuil de 40%, objectif avoué des initiants, devrait être considéré comme significatif ainsi que la limite de 33%. On part en effet du principe depuis des années qu'en gros un tiers de la population est inconditionnellement pro-européenne.