Certains voyaient en lui le huitième conseiller d'Etat. Pour avoir régné longtemps en presque maître sur les finances cantonales, Pierre-Alain Buffat paie aujourd'hui le prix fort. Car le drame personnel jugé par un tribunal lausannois dissimule mal les véritables responsabilités: pendant des années, les affaires de l'Etat ont été conduites au plus haut niveau avec une effarante légèreté. Si le haut fonctionnaire avait pris tant de pouvoir, c'est qu'on lui avait laissé carte blanche. S'il a pu déraper si gravement, c'est qu'aucun instrument de contrôle n'était en mesure de fonctionner.

Au temps où remontent les faits, Pierre-Alain Buffat cumulait parmi ses nombreuses fonctions celles de chef de service, de trésorier, de directeur du projet comptable Procofiev, de président de la commission informatique cantonale. Sous ces lourdes tâches, il n'était pas du genre à se plaindre. D'ailleurs, tout faire tout seul, cet homme secret et jaloux de son autorité aimait ça. Un collaborateur, qui a remarqué les anomalies, lui en parle, ne suscite de pas de réaction, n'ose pas aller plus loin. Un chef adjoint, dont on le flanque, ne tient que quelques mois dans la place. En référer au conseiller d'Etat? Il ressort du procès que Pierre-Alain Buffat fait ce qu'il veut sous Pierre Duvoisin, qui ne lui pose jamais de questions, et méprise Pierre-François Veillon, qui s'inquiète justement de le savoir si peu entouré.

L'affaire Buffat, première d'une série noire décrédibilisant l'Etat, a entraîné parmi ses suites politiques la chute de Pierre-François Veillon ou l'élection de Josef Zisyadis au gouvernement. Mais il a fallu ces crises sans précédent pour que l'Etat se dote enfin d'outils de gestion adaptés à ses besoins, comme un contrôle des finances digne de ce nom, une trésorerie professionnalisée ou l'institution d'un pilotage informatique. C'est pourquoi, bien que leur déposition soit très attendue, les anciens ministres Duvoisin et Veillon, qui seront entendus aujourd'hui parmi les témoins, auront l'air de deux revenants. Y. R.