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Seule et partout contre l’avortement

Coprésidente de la section genevoise du Parti évangélique, Valérie Kasteler-Budde défend l’initiative sur le financement de l’interruption de grossesse.Rencontre avec une femme nouvellement omniprésente

Coprésidente du Parti évangélique genevois, Valérie Kasteler-Budde mène la campagne contre le remboursement de l’avortement. — © Panos Pictures
Coprésidente du Parti évangélique genevois, Valérie Kasteler-Budde mène la campagne contre le remboursement de l’avortement. — © Panos Pictures

Seule et partout contre l’avortement

Campagne Valérie Kasteler-Budde défend l’initiative sur le financement de l’interruption de grossesse

Rencontre avec une femme nouvellement omniprésente

Avant, la réputation de Valérie Kasteler-Budde ne traversait pas la Versoix. Et encore. Mais aujour­d’hui, la coprésidente du Parti évangélique genevois croise le fer avec le conseiller fédéral Alain Berset. C’était sur le plateau d’Infrarouge, sur la RTS, la semaine dernière; ce sera sur celui d’Arena, son émission sœur alémanique, ce vendredi. Sans parler des interviews données à pratiquement tous les médias romands. A croire qu’elle est la seule à défendre l’initiative «Financer l’avortement est une affaire privée». Ce qui n’est pas tout faux.

Parmi les autres membres romands du comité d’initiative, Fabienne Despot se mure dans le silence depuis que la section vaudoise de l’UDC, dont elle est devenue la présidente, a pris position contre l’initiative. Nouveau conseiller d’Etat valaisan, Oskar Freysinger a d’autres sangliers sur le feu. L’ancien conseiller national jurassien Dominique Baettig s’efface également devant celle qui a été choisie pour coprésider le comité d’initiative parce qu’elle est romande, femme, bilingue, y croit dur comme fer et mène une campagne comme un canard traverse l’étang. Les critiques lui glissent dessus, elle reste calme, ne se laisse pas désarmer et dépassionne le débat. La campagne lui doit ça: une tenue correcte sur un sujet émotionnel. Hormis quelques variations sur les chiffres et comparaisons, elle est sûre d’elle lorsqu’il s’agit de défendre ses valeurs, ce qu’elle fait d’une voix douce et posée.

Elle sait que sa cause est plus difficile à défendre en Suisse romande. D’ailleurs, les initiants concentrent l’affichage sur les cantons alémaniques plus conservateurs, où il y a davantage de potentiel. «J’ai l’impression que les Suisses n’osent pas s’interroger sur l’avortement, qu’ils n’osent pas affronter ce rempart du féminisme», déplore-t-elle. «Mais je suis aussi féministe, je me bats pour l’égalité et, en 2002, j’ai voté en faveur de la solution des délais et la dépénalisation de l’avortement.» Elle n’y voit pas une contradiction. «Non, je désapprouve le choix de l’avortement car une femme ne peut pas avoir un droit de vie ou de mort. Elle n’est pas une cour suprême à elle toute seule. Mais, en 2002, j’estimais qu’il était injuste que la femme se retrouve seule sur le banc des accusés alors qu’il s’agit de la responsabilité d’un couple. Aujourd’hui, les femmes ont la possibilité de choisir. D’accord, mais elles doivent aussi assumer leur choix.»

Mariée, Valérie Kasteler-Budde est mère de trois fils, âgés de 20 à 28 ans. «Quand je me suis retrouvée enceinte de mon premier fils, j’habitais dans un studio, je n’avais pas fini mes études. Des proches me disaient d’avorter et je leur en voulais car c’était hors de question. Aujourd’hui, si mon fils aîné n’était pas là, il manquerait à la société.»

Ce qui ne nous dit toujours pas qui est Valérie Kasteler-Budde. La Genevoise raconte qu’elle baigne depuis longtemps dans l’action politique, même si ça ne s’est pas remarqué. Après des études de traductrice-interprète, une formation dans le social puis dans le management, elle a travaillé pour le Groupe de liaison genevois des Associations de jeunesse. «A l’époque, nous menions des projets assez fous, comme l’introduction des vélos publics. Dans les années 80, ils étaient roses. Nous avons aussi créé les théâtres-forums.» Elle passe ensuite à la Fédération des centres des loisirs puis à l’Hospice général, l’institution genevoise d’action sociale, où elle est chargée de projets. Son mari a réduit son temps de travail afin qu’elle puisse prendre des responsabilités.

«J’ai été invitée à rejoindre les rangs du Parti socialiste, poursuit-elle. Mais je me sens mieux au sein du PEV, on y a davantage de libertés et je partage ses valeurs. Comme moi, ses membres vivent leur foi au quotidien, développent une relation avec Dieu et tentent de rester cohérents avec ce en quoi ils croient.» Valérie Kasteler-Budde a elle-même grandi dans une famille chrétienne, dans le canton de Vaud. A l’adolescence, elle a fait sa crise et rejeté la religion, «comme tout le monde». Une autre crise, conjugale cette fois, l’a ramenée vers Dieu. «Je me suis tournée vers lui. Et je lui ai dit: «Si tu es bien là, fais quelque chose pour moi!» J’ai alors compris que ce n’était pas que de la théorie.» Aujourd’hui, croire en Dieu fait partie de sa vie quotidienne. «J’ai téléchargé la Bible sur mon portable et je la lis quand je veux. Mais je ne suis pas ce qu’on appelle une bigote», assure-t-elle.

En l’état, la carrière politique de Valérie Kasteler-Budde s’arrête à la coprésidence de la section genevoise du Parti évangélique, fondée en 2007. Sortie de l’ombre pour défendre l’initiative, elle y retournera probablement après le 9 février. Elle ne veut pas devenir madame anti-avortement. «Après la votation, on parlera d’autre chose et je me donne une chance de changer d’étiquette. Je m’intéresse aux problèmes sociaux, à l’asile, à l’environnement, à la famille, aux assurances sociales.» Elle ne se profilera probablement pas sur l’initiative sur l’éducation sexuelle à l’école, qui la laisse sceptique. En revanche, son parti, le PEV, défendra sa propre initiative sur la taxation des successions. Un combat que le parti partage avec la gauche.

«J’ai téléchargé la Bible sur mon portable et je la lis quand je veux. Mais je ne suis pas une bigote»