Les gares et les aéroports pourraient bientôt ne plus être de simples dépanneurs offrant du pain ou du dentifrice le dimanche. Après le National, le Conseil des Etats a accepté d'assouplir les horaires d'ouverture des magasins autres que les commerces d'approvisionnement dans les centres de transports publics. Les jeux ne sont toutefois pas encore faits puisque l'Union syndicale suisse (USS) va lancer un référendum. Un référendum qui pourrait bien faire figure de test en faveur ou non d'une plus grande libéralisation des horaires d'ouverture des commerces. Si le peuple devait suivre l'USS, le revers serait de taille pour les défenseurs du shopping dominical. «Un oui au référendum ne changerait pas grand-chose pour nous, mais ce serait un énorme pas en arrière sur le chemin de la libéralisation», admet Martin Schläpfer, responsable des dossiers politiques chez Migros. Et ce dernier de citer l'exemple des pays frontaliers moins frileux dans l'extension des horaires d'ouverture des commerces.

Nouvelles habitudes

Transformer les gares en centres d'achat et de services équivaut, selon l'USS, à se rapprocher toujours plus de la généralisation du travail le dimanche. En favorisant ces endroits de transit par une réglementation particulière, les Chambres fédérales pourraient bien faire des jaloux du côté des autres commerces et entreprises de services. Ces derniers pourraient en effet être tentés d'exiger les mêmes privilèges que leurs concurrents. Ce qui impliquerait, de l'avis des syndicats, que le dimanche devienne un jour ouvrable comme les autres.

Autres temps, autres mœurs. Pour la majorité des sénateurs, la conception du repos dominical a fait place à de nouvelles habitudes de vie et de consommation. Appuyés par le président de la Confédération, Joseph Deiss, certains conseillers aux Etats ont invoqué la clause du besoin pour ouvrir tous les commerces, quoi qu'ils vendent, dans les gares ou les aéroports le dimanche. Selon le conseiller fédéral, le moment est venu de clarifier la situation actuelle qui est «insatisfaisante». Si certains magasins sis dans les gares ou les aéroports ont déjà l'autorisation de faire fi du «jour du Seigneur» pour ouvrir leurs portes, ils ne peuvent par contre pas occuper du personnel sauf dérogation spéciale des communes ou des cantons. Réviser la loi sur le travail permettrait donc à tous les prestataires de services d'employer du personnel. «Actuellement, on peut acheter un yogourt le dimanche, mais pas un réfrigérateur, un roman policier, mais pas une étagère», rétorque l'USS, qui juge pourtant cet état de fait satisfaisant.

En plus des aéroports de Genève, Zurich, Lugano, Sion, Saint-Gall et Berne, les gares dégageant un chiffre d'affaires de 20 millions de francs par an dans le domaine du trafic des voyageurs pourront se doter de galeries marchandes ouvertes le dimanche. 24 gares sont pour l'heure concernées, dont Genève, Genève aéroport, Lausanne, Fribourg et Neuchâtel. Joseph Deiss a toutefois rappelé que cette condition n'était pas exclusive. «Il faut également prendre en considération les besoins régionaux.» Les Etats ont donc aménagé une possibilité supplémentaire, qui permet à un canton, d'entente avec une entreprise ferroviaire, de demander à bénéficier de l'ouverture dominicale dans les gares importantes pour le trafic régional.

Pour la minorité emmenée par le socialiste fribourgeois Alain Berset, le projet de révision de la loi sur le travail n'était pas encore «mûr». La concurrence entre les commerces de gare ou ceux qui sont situés en ville, et surtout les conditions de travail pour les employés étaient au centre de ses préoccupations. Les socialistes ont demandé en vain au Conseil fédéral d'édicter une convention collective de travail (CCT) pour les travailleurs du dimanche. Inutile, a répondu le chef du Département de l'économie. «La protection des travailleurs prévue par la loi sur le travail est suffisante», a-t-il argumenté, en répétant qu'un repos compensatoire de 47 heures pour les dimanches travaillés était prévu, tout comme 12 dimanches libres par année et les autres dispositions de la loi sur le travail (LTr) assurant la protection des travailleurs. La Chambre des cantons a par ailleurs fait un pas de plus dans la libéralisation du travail en transmettant une motion au gouvernement, lui demandant d'étendre les possibilités de travailler le dimanche pour équilibrer le traitement entre les magasins placés à l'intérieur et hors des gares.