L'ultimatum du Conseil d'Etat a expiré lundi soir. Après avoir longtemps joué sur un flou juridique pour ouvrir le soir et le dimanche, les shops des stations d'essence doivent désormais se conformer à la loi sur l'exercice du commerce (LCom) et respecter les heures d'ouverture imposées à tous les magasins. Les autorités ont d'ailleurs été très claires: plus aucun dépassement d'horaire ne sera toléré. Et hier soir, sur le coup de 19 heures, les cinq shops de Bulle et de La Tour-de-Trême avaient tous obtempéré.

20 000 francs d'amende pour les récalcitrants

Si l'Association fribourgeoise des exploitants de magasins de stations-service (AFEMS) n'a pas donné de mot d'ordre concernant un éventuel non-respect de l'ultimatum, il n'est pas exclu que certains fassent cavalier seul ailleurs dans le canton. Et cela malgré la menace d'une amende de 20 000 francs. «Entre un garagiste, un indépendant et une chaîne, les moyens pour faire le forcing et passer outre ne sont pas les mêmes. Notre association a fait tout ce qu'elle a pu pour défendre les intérêts de ses membres. Aujourd'hui, la loi s'applique. Malheureusement, une centaine d'emplois sont désormais menacés», indique Jean-Pierre Siggen, secrétaire de l'AFEMS.

Les communes, avec le concours de la police cantonale si besoin est, sont chargées de faire respecter la loi. Les syndicats ont également pour leur part l'intention de procéder à des contrôles dans tout le canton. Motif de ce durcissement: le 18 mai dernier, les Fribourgeois ont refusé, par 50,7% des suffrages, une extension des horaires d'ouverture le soir et le dimanche pour les «dépanneurs», une dénomination qui regroupe les petits commerces d'alimentation, les kiosques et les shops des stations-service. Ainsi, sauf autorisation exceptionnelle – par exemple pour les kiosques ou les commerces situés en zone touristique –, tout le secteur de la vente doit baisser ses rideaux à 19 heures en semaine et à 16 heures le samedi. Le toilettage de la LCom aurait permis une ouverture pour les «dépanneurs» jusqu'à 21 heures du lundi au samedi et jusqu'à 19 heures le dimanche.

Cette victoire de la gauche a mis en position de force les syndicats pour imposer une Convention collective de travail (CCT) à tout le secteur de la vente (Le Temps du 5 juin 2003). Hier matin, lors de l'un des deux rounds de négociations annuelles, syndicats et patronat ont posé les jalons pour des discussions futures. «Cet automne, nous ferons une proposition de CCT au patronat. Nous procéderons alors à un échange de vues, afin de voir si des négociations sont possibles. Mais il est exclu que nous discutions avec les seuls gérants des magasins de stations-service. La CTT doit englober tout le secteur de la vente, où des progrès significatifs doivent être réalisés sur les conditions générales de travail», explique Xavier Ganioz, secrétaire du Syndicat Unia-Fribourg. «Nous allons faire des propositions. Si nous sommes aujourd'hui prêts à trouver un accord sur une convention collective, nous souhaitons également que les syndicats entrent en matière sur les horaires», a indiqué Jean-Pierre Siggen. Une ouverture de négociations sera discutée le 17 novembre prochain.