A bout de nerfs. Les Services industriels de Genève (SIG) ne savent plus que faire face aux attaques incessantes de leur administrateur Eric Stauffer. Hier, lors de la séance du conseil d'administration (CA) de l'entreprise, le tribun du MCG a fait les frais de l'ire de ses pairs. Pour la première fois, les SIG envisagent de ne plus porter plainte contre X, mais contre Eric Stauffer lui-même, pour atteinte à l'intégrité de l'entreprise.

Dans un communiqué au ton très sec diffusé hier, le CA de la régie publique a «exprimé son exaspération et son profond malaise face aux agissements de Monsieur Eric Stauffer». Le cénacle considère que l'élu MCG «ne respecte pas son devoir de loyauté. [...] A travers des attaques incessantes, virulentes, excessives et souvent fausses, Eric Stauffer, par son comportement, met en cause la probité de l'entreprise et entrave sérieusement son bon fonctionnement. Le Conseil estime être atteint dans son honneur [...]»

Des termes qui ne laissent aucun doute sur l'animosité des débats. «La marmite a explosé en fin de séance», confirme un membre du collège. Parmi les détracteurs les plus acharnés d'Eric Stauffer, le socialiste Alberto Velasco exprime sa colère. «Je lui ai demandé de retirer ses allégations publiques d'escroquerie et de racket des citoyens par les SIG. Cela relève du pénal, de tels propos tenus par l'un de ses administrateurs discréditent terriblement la régie.» Président du CA des SIG, Daniel Mouchet renchérit: «Même les représentants du personnel ont demandé que des mesures soient prises. Eric Stauffer mine le moral des employés. Nous n'allons pas laisser ce personnage détruire cette entreprise.» Mais les moyens de contre-attaquer sont limités, souligne le président. «Nous avons déjà écrit au Conseil d'Etat (ndlr: habilité à destituer un administrateur) pour attirer son attention sur cette question, mais cela n'a pas eu d'effet. Nous examinons maintenant la possibilité de déposer plainte contre M. Stauffer pour diffamation, mais il faudrait obtenir la levée de son immunité parlementaire, c'est compliqué.»

Un administrateur confiant

Très conscient de cet avantage, Eric Stauffer ne s'inquiète guère et ne compte pas changer d'attitude. Alors qu'il martèle son éternel credo sur «la défense des intérêts des citoyens» qui l'ont élu, le trublion ajoute qu'il a trouvé le soutien de l'un des administrateurs pour appuyer sa dernière accusation contre les SIG: le versement prétendument indu de 74 millions à Gaznat en 2000.

Comme la précédente, qui portait sur le versement de 100 millions pour redresser EOS, Daniel Mouchet balaie cette accusation: «Il s'agit d'amortissements extraordinaires consentis à Gaznat en vue de l'ouverture du marché. Tous ont été approuvés et validés.» Au-delà de ses dénégations, le président du conseil d'administration est prêt «à faire appel à une fiduciaire privée pour qu'elle effectue des contrôles», afin de «redorer l'image de l'entreprise».

Car la régie fait partie des cibles favorites d'Eric Stauffer: l'an dernier, il avait dénoncé les bonus princiers de ses administrateurs et de ses cadres, avant de fustiger son projet d'importer des déchets napolitains. Les SIG ne sont cependant pas seuls à faire les frais de la méthode Stauffer: il a notamment bloqué des débats entiers au Grand Conseil, poussant à bout sa présidente, Loly Bolay. Une stratégie qui ne risque pas de s'édulcorer: le tribun a bien l'intention d'occuper le terrain en vue des élections de l'an prochain.