«Nous voulons mettre la ville entière en état de fête!» Signé 2000, association créée pour organiser les grandes manœuvres qui marqueront le tournant du millénaire, ne manque pas d'ambition. Pour cette poignée de jeunes, entre 25 et 35 ans, qui ont engagé près de deux ans de leur vie à préparer le prochain réveillon et à imaginer pour les Genevois une surprise par jour en 1999, la fête, c'est une profession de foi. Ils y croient comme à une divinité tutélaire, investie du pouvoir quasi magique de transformer l'indifférente banalité du quotidien en un moment merveilleux où tout ne serait que rencontre, curiosité et ouverture. Où les Genevois sortiraient de chez eux pour redécouvrir leur ville, dialoguer avec leurs voisins et célébrer ensemble cette transition hautement symbolique.

Un pari de doux rêveurs? Peut-être pas. Car Signé 2000 s'est vu accorder les moyens de concrétiser ses objectifs. Le Conseil d'Etat, sous l'impulsion de Guy-Olivier Segond, lui a alloué une enveloppe de 400 000 francs – sur le solde du projet d'Exposition nationale à Genève –, encore grossie par les fonds de la loterie et du programme de lutte contre le tabac et l'alcoolisme. L'infrastructure (voirie, police, transports publics) est également offerte. Parmi les sponsors contactés, la Migros a été la première à donner son feu vert, mais d'autres devraient la rejoindre. Les bénéfices réalisés sur les boissons et l'alimentation devraient aussi constituer un petit pécule.

Si l'argent et l'envie ne manquent pas, qu'en est-il des idées? Dans leurs spacieux mais désuets bureaux de la rue des Pâquis, ils sont une quinzaine à faire travailler leurs méninges. Une activité rémunérée à 100% pour la plupart d'entre eux. Dans le noyau dur des organisateurs, certains n'en sont pas à leurs premières armes: Vincent Jacquemet, concepteur de La Clé – l'agenda alternatif de la vie culturelle genevoise – et organisateur de soirées thématiques à L'Usine, est chargé de l'organisation pratique du réveillon. La communication est confiée à David Rihs, coanimateur de l'émission Zig Zag Café. Quant aux 365 surprises, c'est Pierre Maudet, un des piliers du Parlement des jeunes et le créateur des Civic Cafés, qui les supervise. Aujourd'hui, après une année consacrée à l'élaboration d'un concept, l'équipe s'est attaquée au processus de réalisation. Sur les plans et les esquisses accrochés au mur, la soirée du réveillon apparaît en filigrane. Cinq lieux de la ville ont été attribués à cinq éléments: la Terre au Parc des Bastions, l'Air aux Halles de l'île, Le Feu à la Caserne des Vernets, l'Eau au Bâtiment des Forces motrices et le Temps à la plaine de Plainpalais. C'est sur cette place que se déroulera le passage de l'an. «Pour refaire le parcours des origines à nos jours, retrouver les sensations premières à l'aube de l'an 2000», commente la brochure de présentation.

«Nous aimerions créer

un rituel festif et populaire»

Dès l'après-midi, diverses animations seront proposées sur les différents sites, en fonction de chaque thème. A 23 heures, un grand spectacle de danse sera présenté sur la plaine de Plainpalais, créé par Guilherme Botelho, directeur de la compagnie Alias, troupe genevoise de danse contemporaine, et par le scénographe Gilles Lambert. A minuit sonnant, un sablier géant de 25m3 sera retourné pour marquer symboliquement la nouvelle année. Conçu par un horloger genevois qui en assurera le financement, l'objet devrait demeurer sur place après la fête et continuer à rythmer les années de Genève.

En guise de clin d'œil, Signé 2000 s'est également tournée vers l'extérieur et a fait venir à Genève les représentants d'une cité homonyme fondée en République Dominicaine! Pour aider cette cousine éloignée et économiquement défavorisée, les organisateurs ont imaginé de vendre à la Coop, pendant la dernière année du deuxième millénaire, les bananes qui y sont produites: des bananes made in Geneva. Avec l'argent récolté, un programme d'aide au développement devrait être mis sur pied pour améliorer le niveau de formation des jeunes Genevois dominicains.

«Nous aimerions créer un rituel festif et populaire, explique Vincent Jacquemet. Une habitude de rencontre qui dure et s'inscrive dans la culture genevoise.» Mais le contenu symbolique du projet est-il assez fort pour laisser une véritable trace? Entre l'organisation d'un instant éphémère, entièrement artificiel, et la revendication d'un profond bouleversement social, il y a un fossé que Signé 2000 ne semble parfois pas très bien évaluer. Une faiblesse qui se retrouve un peu dans l'idée des 365 surprises prévues pour 1999. En imaginant un événement par jour dans différents secteurs et différents lieux de la ville, les organisateurs ont voulu «que chaque Genevois puisse être surpris, une fois dans l'année, par ce qui l'entoure, et se mettre ainsi en condition pour la fête!». Annoncées quotidiennement par certains médias, les surprises restent pour l'instant assez anecdotiques et semblent loin d'avoir eu l'effet escompté. Mais l'année est longue et l'espoir peut mener jusqu'au réveillon.