Ouvert en mars 2007, Sihlcity, à Zurich, a inauguré en Suisse la tendance des «Urban Entertainment Center» à la mode anglo-saxonne. Ces nouveaux temples de la consommation, que l'on ne peut plus appeler des centres commerciaux, se distinguent par une signature architecturale forte. On ne s'y rend plus pour faire des achats seulement, mais pour y vivre des émotions, comme disent les promoteurs.

Une habitude alémanique

Sihlcity, installé au sud de la ville, sur l'emplacement d'une ancienne fabrique de papier, a gardé la haute cheminée de brique comme signe distinctif. Sur 100000 mètres carrés, le complexe abrite 80 commerces, 13 restaurants, des appartements, un hôtel, des bureaux pour 1250 personnes, une salle multiplexe de cinéma, une disco, et même une église.

Le cocktail peine encore à convaincre. Cet été, un commerce de confection pour dame a fermé ses portes. La société des propriétaires de Sihlcity – représentée par Credit Suisse – ne dévoile pas encore le chiffre d'affaires réalisé depuis l'ouverture. Elle se contente de préciser qu'en une année, de mars 2007 à mars 2008, il a augmenté de 12%. Et que, chaque jour, le centre accueille quelque 19000 personnes, employés compris. «Nous attendons de pouvoir présenter les chiffres d'une année civile complète», indique la porte-parole, Nadine Bachmann. Qui précise: «Nous sommes sur la bonne voie, la tendance est très positive.» Une manière détournée de reconnaître que tout n'est pas encore pour le mieux dans cette ville qui aimerait retenir les visiteurs sur place le plus longtemps possible.

Jusqu'à maintenant, les centres commerciaux multifonctions sont concentrés sur le Plateau alémanique. Le premier «mall» inspiré des Etats-Unis a été ouvert en 1970 à Spreitenbach. Il existe encore et fait d'excellentes affaires, comme le Glattzentrum, dans la banlieue nord de Zurich.

La Suisse romande semble plus résistante à cette tendance de centraliser commerces et loisirs sous un même toit. «C'est une question de place, et de bassin de population», dit Corine Moinat Vité, directrice du centre de Balexert. Existant depuis 37 ans, le complexe peut difficilement rivaliser avec une architecture audacieuse. «Mais nous avons aussi une offre variée: commerces, poste, fitness, médecins, formation. Nous organisons régulièrement des animations. Les gens viennent à Balexert comme sur une place de village», constate Corine Moinat Vité.