Il y a 46 membres au Conseil des Etats. En 2003, on y comptait onze femmes, record historique. Puis ce fut la dégringolade. En 2007, il y en avait dix. En 2011, il en restait neuf. En 2015, plus que sept. Soit 15% de sénatrices. Les élections fédérales de 2019 inverseront-elles la tendance?

Retour à la case départ

Il est permis d’en douter. Après l’annonce du départ de Géraldine Savary (PS/VD), seule une des sept conseillères aux Etats se représentera en octobre 2019: Brigitte Häberli-Koller (PDC/TG). «C’est une situation incroyable», juge celle-ci. «Mais je ne pense pas que je serai toute seule l’année prochaine. J’espère que nous serons quand même un minimum de cinq. Ou six.» Si ses modestes vœux sont exaucés, alors le nombre de femmes à la Chambre haute poursuivra tout de même sa dégringolade. Si, au contraire, toutes ses collègues féminines sont remplacées par des hommes, elle deviendra carrément «Madame la conseillère aux Etats» – l’unique. La parité hommes-femmes serait alors de retour à la case départ, celle de 1971, la première année à accueillir des représentantes en politique suisse.

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«Ce serait un cauchemar», se désole la conseillère aux Etats Anne Seydoux-Christe (PDC/JU), qui fait partie de celles qui ne se représenteront pas l’année prochaine. Le manque de femmes à la Chambre des cantons peut être attribué à plusieurs facteurs, selon elle: «Le système d’élection majoritaire, qui prévaut dans la plupart des cantons, le fait que cette fonction revient généralement à une personnalité politique confirmée et influente, et le manque de femmes en politique en général.»

Une femme, elle ne devrait pas avoir plus de difficulté que l’un de ses collègues masculins à se faire élire. Le problème se pose donc lors de la sélection au sein des partis

Pascal Sciarini, politologue

Politologue à l’Université de Genève, Pascal Sciarini abonde dans son sens. «Le Conseil des Etats accueille généralement des politiciens qui ont déjà eu un mandat au Conseil national ou dans un exécutif cantonal. Comme il y a moins de femmes engagées en politique, il est difficile de faire émerger des profils dont la notoriété est suffisante pour y briguer un siège. Cette Chambre est emblématique du manque de femmes en politique.»

Mais la solution existe. «Comme il n’y a que très peu de candidats en lice pour un siège au Conseil des Etats, si un parti choisit une femme, elle ne devrait pas avoir plus de difficulté que l’un de ses collègues masculins à se faire élire, souligne le politologue. Le problème se pose donc lors de la sélection au sein des partis.»

«La décision revient au cantons»

Au PLR, qui dispose de treize conseillers aux Etats – dont une femme, Karin Keller-Sutter, probablement sortante puisque favorite à la succession de Johann Schneider-Ammann au Conseil fédéral –, «la représentation des femmes à la Chambre haute est bien sûr importante», souligne Karine Barras, porte-parole. Le parti n’a pas de stratégie nationale à proprement parler pour promouvoir ces dernières aux Chambres fédérales mais il encourage l’engagement politique des femmes par le biais de la section féminine du parti, indique-t-elle. «Les cantons et la population doivent jouer un rôle moteur dans cette représentation», commente la porte-parole. Qui souligne: «Le PLR n’est pas le seul parti touché par cette problématique.»

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Au PS, douze conseillers aux Etats – quatre femmes, toutes sortantes –, la situation est en effet analogue. Cela bien que les statuts du parti indiquent qu’il «vise une représentation paritaire des sexes». «Des réflexions sont menées pour définir les personnalités féminines ou masculines qui peuvent remporter des sièges, explique son porte-parole Gaël Bourgeois. Si des femmes sont à même de le faire, le PS Suisse encourage naturellement les partis cantonaux à les présenter.» Mais la décision finale leur revient, précise-t-il. Au PDC, avec treize conseillers aux Etats dont deux femmes, la situation est similaire. «Ce sont les sections cantonales qui décident», explique Michaël Girod.

Helvetia appelle!

Pour la conseillère nationale Kathrin Bertschy (BE/Vert’libéraux), cette manière de faire doit désormais changer. La coprésidente d’Alliance F, faîtière des sociétés féminines suisses, fait partie d’«Helvetia appelle!». Le projet, mené avec Opération Libero, vise à augmenter le nombre de femmes en politique. «Pour l’égalité hommes-femmes, nous pourrions décider d’envoyer au Conseil des Etats le politicien et la politicienne les mieux élus, dit la Bernoise. Si on veut représenter les genres comme on représente les minorités, ce qui est une nécessité, il faut changer les règles.» Egalement membre du mouvement, la conseillère nationale Lisa Mazzone (GE/VE) partage sa colère: «Quand la moitié de la population n’est pas représentée, la légitimité démocratique est en jeu.»

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