«Lève-toi!»: c'est le mot d'ordre de la première Rencontre nationale des jeunes catholiques qui doit se tenir les 5 et 6 juin prochain à Berne. Avec en apogée la venue du pape. Qui, lui, ne se déplace plus qu'en fauteuil roulant. La nonciature, «l'ambassade» du Saint-Siège qui était censée héberger le temps d'une nuit le souverain pontife, n'étant pas adaptée, le choix de l'équipe pontificale s'est donc porté sur le home Viktoria, accessible, lui, aux chaises roulantes. L'information, qui aurait dû être gardée secrète, a finalement été confirmée par la directrice du centre, Sœur Elia.

Blotti entre le casino et le jardin botanique, le home sis au 63 de la Schänzlistrasse offre une vue de plain-pied grandiose sur la vieille-ville, le Münster et le Palais fédéral, avec les verdoyantes collines bernoises en toile de fond. Erigé en 1868 sur les hauteurs du Schänzli, le bâtiment a d'abord été un sanatorium, avant de devenir un hôpital. A la fin du XIXe siècle, les médecins contactent la congrégation d'Ingenbohl pour faire venir des sœurs qui donneront les soins aux malades.

En 1987, l'hôpital se voit contraint de se reconvertir en home, et subit une grande rénovation. Aujourd'hui encore tenu par des sœurs de la congrégation d'Ingenbohl, l'établissement dispose d'une centaine de lits, dont environ un tiers est occupé par des sœurs. Il dispose également d'une chapelle.

A l'accueil de l'établissement aux larges baies vitrées, Sœur Karin confirme que c'est bien à cause du fauteuil roulant que le home Viktoria a été choisi. «Bien sûr, il y a de très nombreuses questions de sécurité, dit-elle sans jamais se départir d'un doux sourire, mais nous n'avons pas encore été informés de la manière dont cela va se passer.» Quant à la vie du home, «nous ferons en sorte que cela ne change rien pour les patients». Avant d'ajouter, avec un sourire à peine accentué: «Evidemment, nous nous réjouissons beaucoup, nous sommes fières d'accueillir le pape.»

Agé de 84 ans, Jean Paul II, qui est atteint de la maladie de Parkinson, sera, comme lors de tous ses déplacements, entouré de son équipe privée de médecins. Selon le Tages-Anzeiger, c'est à l'aéroport militaire de Payerne que le souverain pontife devrait atterrir dans la journée du 5 juin: les aéroports de Kloten et de Cointrin seraient trop éloignés de la capitale fédérale, et la piste de Belp trop petite pour l'avion pontifical. Le souverain pontife serait ensuite emmené en hélicoptère à Berne, où il passerait la nuit au home Viktoria avant de célébrer la messe dominicale sur la prairie de l'Allmend, le lendemain matin à 10 heures.

Le conditionnel est de rigueur, parce que la venue du pape n'a pas encore été officiellement confirmée. La Conférence des évêques suisses (CES), qui organise cette rencontre, attend d'ici à la semaine prochaine le feu vert du Vatican. En attendant, l'organisation va bon train. Si, à la Thunstrasse, la Nonciature préfère laisser la CES se charger de la communication, rien ne se fait sans son accord. «C'est la nonciature qui a les contacts avec Rome, explique Chantal Brun, membre du bureau de coordination de la Rencontre des jeunes catholiques, et nous sommes en contact permanent avec elle.» Tandis que des membres du comité de coordination s'envolaient pour le Saint-Siège la semaine dernière, une délégation papale est déjà venue en repérage à Berne. «On prépare tout comme si on était sûrs de sa venue», souligne Chantal Brun. «Après tout, c'est dans quarante jours!» Sur les questions de sécurité, les organisateurs restent très discrets, tout comme les polices de Berne.

Quelque 10 000 jeunes sont attendus pour le rassemblement. 5000 inscriptions ont déjà été enregistrées. La dernière visite du pape sur le territoire helvétique remonte à 1984; il s'était alors rendu dans 14 villes du pays. Pape voyageur, Jean Paul II a déjà effectué plus d'une centaine de voyages au cours de son pontificat, entamé en 1978.