Dans la campagne pour le oui à la RPT, soumise au peuple le 28 novembre, aucune trace du Conseil d'Etat vaudois, pas même sur la liste des 174 femmes et hommes politiques des 25 cantons favorables au projet. Cette absence suscite incompréhension et irritation dans les milieux qui coordonnent la campagne, y compris au sein du Département fédéral des finances.

Ainsi, on s'étonne que «les Vaudois ne semblent pas réaliser qu'il s'agit pour eux d'une ultime chance pour que la politique financière de la Confédération ne soit pas dictée par Zurich». Le silence du Château vaudois réveille des salves vengeresses, dégradant encore la cote du canton à Berne: incompétence, couardise, pingrerie, les qualificatifs pleuvent jusqu'à la caricature. Même un politicien du sérail acquiesce: «Je ne comprends pas qu'un canton qui a nommé une personne pour améliorer son image à Berne ne saisisse pas l'enjeu de solidarité confédérale qui se présente. C'est regrettable.»

A Lausanne, la réponse cingle. Conseiller d'Etat en charge des Finances, Pascal Broulis rappelle que «le gouvernement vaudois a indiqué qu'il soutenait le projet. Ceux qui nous critiquent pourraient déjà s'estimer contents. Nous avons d'autres soucis plus urgents et importants, à commencer par l'assainissement de nos finances, que de nous engager dans la campagne, d'autant que la Confédération n'est par ailleurs pas très gentille avec les cantons dans sa politique financière. Enfin, on ne nous a pas versé le moindre franc pour que nous fassions campagne.» Le Conseil d'Etat fribourgeois, qui milite activement pour la RPT, a pourtant trouvé les moyens de s'afficher in corpore dans la presse locale.

Atteinte à la souveraineté cantonale

Lobbyiste du canton de Vaud à Berne, Lionel Eperon explique ce «manque de feu sacré» par trois raisons principales: les calculs exacts de péréquation sont encore trop aléatoires (dans la version actuelle, Vaud gagnerait 36 millions); les cantons seraient contraints de collaborer, ce qui constituerait une atteinte à leur souveraineté; et les concordats intercantonaux sont des instruments peu démocratiques. A cela s'ajoute un climat très tendu entre le canton et les communes, qui subiraient de nouveaux reports de charge. Ces précautions ne sont pas comprises à Berne. Un conseiller aux Etats romand estime que la RPT engage une position de principe, pas un calcul sur les gains financiers potentiels. Le conseiller national vaudois Charles Favre, favorable à la RPT, partage ce point de vue: «De manière générale, ce débat sur l'aspect financier est navrant. Les cantons devraient réaliser que la RPT est leur dernière carte pour ne pas devenir des circonscriptions administratives.»