Pour Noël, Silvia Blocher a reçu un cadeau magnifique de son milliardaire de mari: des fleurs. Un abonnement de fleurs, deux fois par semaine, livrées par le fleuriste, à vie. C'est que Christoph Blocher ne remerciait pas seulement une épouse aimante, qui s'occupe du jardinage, de l'intendance de la maison et lui cuisine des petits plats le soir. Silvia Blocher est également sa plus proche conseillère politique.

Maintenant que Christoph Blocher est conseiller fédéral, certains la dépeignent déjà en First Lady et la comparent volontiers à Hillary Clinton ou à Cherie Blair. En Suisse, ce serait une petite révolution. Car jusqu'à présent, on ne peut pas dire que les épouses – ou les époux – des conseillers fédéraux ont joué un rôle particulièrement actif sur la scène publique. Que sait-on de Babette Deiss sinon qu'elle a fait la une du Blick trois jours d'affilée grâce à une rose tatouée sur l'épaule? De Lukas Metzler, sinon qu'il a emmené son épouse pour une semaine de plongée sous-marine au bord de la mer Rouge et à un concert du chanteur pop Eros Ramazzotti au Hallenstadion, les deux fois, au plus mauvais moment? Récemment, à la demande du magazine L'Illustré, Pascal Couchepin a choisi douze photos retraçant son année présidentielle: pas une seule ne le montrait aux côtés de sa femme Brigitte.

Silvia Blocher, 59 ans, mathématicienne de formation, est en revanche une routinière de la politique et des médias. En 1969 déjà, mariée depuis deux ans avec Christoph Blocher, elle se bat à ses côtés contre l'installation d'un gigantesque bâtiment administratif d'Alusuisse dans leur commune de Meilen. C'est à ce moment-là qu'ils font – ensemble – leur entrée en politique. Silvia Blocher ne partage pas seulement les convictions de son mari. Elle a les mêmes convictions et les défend tout comme lui. Du féminisme, «dépassé aujourd'hui», elle dit par exemple ne garder que le droit de vote des femmes. Pour le reste, elle donne davantage d'importance au «positionnement politique» (résolument à droite à l'exception d'un petit penchant écologiste) qu'au sexe.

Depuis plus de trente ans, Silvia Blocher participe donc régulièrement aux assemblées de l'UDC, organise des réunions, relit et corrige tous les discours importants de son mari, discute souvent stratégie avec lui à l'occasion de longues promenades. Et quand il en a besoin, elle devient son assistante particulière. En 1992 par exemple, lors du vote sur l'Espace économique européen – le détonateur de l'ascension politique de Christoph Blocher –, elle était véritablement son chef de campagne. En 2002, à l'occasion de la votation sur l'adhésion de la Suisse à l'ONU, elle a joué un rôle similaire. Et d'octobre à décembre l'année dernière, c'est encore elle qui a organisé tous les contacts avec les médias en vue de l'élection au Conseil fédéral. C'est elle qui décide qui peut obtenir une interview ou non. Méfiante, elle examine scrupuleusement les demandes, s'informe sur les questions qui seront posées, reformule les réponses peu claires. En fait, elle protège son époux comme une sorte d'ange gardien.

Là où d'autres auraient engagé un conseiller en communication, elle s'en occupe personnellement. «Mon mari n'a jamais été entrepreneur de 8 heures du matin à 6 heures le soir, politicien de 6 à 8 et père de famille ensuite, explique-t-elle. Nous avons toujours travaillé ensemble.» Evidemment, lorsque leurs trois filles et leur fils étaient petits, Silvia Blocher endossait davantage son rôle de mère, mais maintenant qu'ils sont adultes, elle a du temps à consacrer à la politique.

Elle ne sait pas encore de quelle manière elle épaulera son mari au Conseil fédéral, ni jusqu'où elle s'engagera. «On verra. Ce sont généralement des choses qui se décident d'elles-mêmes. J'ai toujours fonctionné par mandats. A certaines périodes, je ne l'aidais qu'un petit peu pour la politique, d'autre fois, j'ai travaillé jusqu'à vingt heures par jour.»

A ce stade, Christoph Blocher a décidé qu'il se passerait de conseillers personnels. Pour son épouse, il n'est bien sûr pas question de se faire «engager» par son mari ni de tirer les ficelles au sein de l'administration, comme le font les «vrais» conseillers personnels; «cela n'irait pas». Elle rejette aussi catégoriquement l'idée qu'elle pourrait devenir une sorte de First Lady. «Comment le serais-je, rétorque-t-elle avec aplomb. En Suisse, ce n'est pas possible, mon mari n'est qu'un parmi sept.» En revanche, elle compte bien, lorsque son époux devra trancher des questions concrètes dans sa nouvelle fonction, en discuter «à fond» avec lui. «Il fonctionne comme ça, explique-elle, avant de prendre une décision, il tourne et retourne le problème et consulte beaucoup.»

Mais pour l'instant, Silvia Blocher s'occupe déjà de chercher un appartement à Berne. Ce jeudi, elle doit en visiter plusieurs, bien que, souligne-t-elle, le couple ait décidé de garder comme domicile principal leur maison de Herrliberg, sur la côte dorée zurichoise. «A Berne, il nous faut simplement quelque chose situé très au centre, qui puisse nous servir de chambre d'hôtel.»

Elle y viendra souvent, se promet-elle, pour que son mari ait «au moins» un chez-soi et ne soit pas obligé de prendre le petit déjeuner seul. Car tout comme lui, Silvia Blocher est une sceptique. Le 19 octobre 2003, lors de l'annonce de la candidature de son époux comme conseiller fédéral, elle ne savait pas vraiment s'il s'agissait d'une bonne idée. Maintenant qu'il l'est vraiment, depuis une semaine, elle n'a «toujours pas de réponse».