Son arrestation aura duré une journée. Le temps des perquisitions et d’un premier interrogatoire. Après avoir été emmené manu militari de bon matin et entendu par l’Inspection générale des services, le député cantonal et conseiller municipal Simon Brandt, candidat libéral-radical aux prochaines élections pour l’exécutif de la ville de Genève, a pu rentrer dormir chez lui, a appris Le Temps.

Contacté, le procureur général Olivier Jornot confirme l’information: «J’ai ordonné sa libération vendredi soir et j’ai procédé moi-même à son audition le samedi.» Un week-end agité pour l'élu. Réuni en urgence dimanche soir pour discuter de l'affaire, le comité du PLR Ville a assuré «son plein soutien» au candidat, malgré ses déboires.

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L’intéressé est mis en prévention pour une double violation du secret de fonction. En sa qualité d’élu municipal (la fuite d’un rapport) mais aussi et surtout en sa qualité d’adjoint scientifique à la Direction stratégique de la police. Ce très proche du ministre Pierre Maudet, sorte de fils spirituel, est soupçonné d’avoir accédé à certaines informations confidentielles et de les avoir partagées avec le ministre. L’enquête et l’exploitation du matériel informatique ne font que commencer. Vendredi, la perquisition a aussi visé son bureau dans les locaux de la police.

L'élu conteste formellement toute entorse à son secret dans ce volet police. Il nie avoir jamais consulté la base de données ou «main courante» des forces de l'ordre. S'il a évoqué le dépôt d'un signalement avec Pierre Maudet, c'est parce qu'une personne concernée par l'affaire lui en avait parlé à titre privé et n'y voyait aucun inconvénient (lire ses explications ci-dessous).

Simon Brandt sera-t-il suspendu le temps de l’enquête pénale? Le conseiller d’Etat Mauro Poggia, désormais chargé de la Sécurité, précise: «Il est libéré de son obligation de travailler en attendant d’en savoir davantage.» Le collaborateur n’est donc pas attendu à son poste ce lundi.

Nombreux messages

Les ennuis judiciaires de Simon Brandt ont débuté l’été dernier avec une dénonciation de l’exécutif de la ville de Genève. Celui-ci se plaignait de la fuite d’un rapport du Contrôle financier portant sur les frais professionnels du personnel, un document tout juste mis à disposition des membres de la Commission des finances et considéré alors comme confidentiel. Deux autres conseillers municipaux, le MCG Daniel Sormanni et l’UDC Jacques Pagan, également entendus à l’époque au sujet de ces indiscrétions, n’ont pas été mis en prévention.

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C’est à l’occasion de cette enquête que le téléphone de Simon Brandt a été saisi par les inspecteurs. Son contenu, et notamment les messages échangés, ont révélé des éléments pouvant faire naître des soupçons plus graves en relation avec son poste au sein des forces de l’ordre. Ce second volet, plus sensible, a motivé la brève arrestation et les perquisitions menées dans la journée de vendredi.

Remous

L’arrivée de Simon Brandt au sein du service d’analyse stratégique de la police ne s’est pas faite sans remous. Contraint de quitter son poste d’adjoint scientifique au Département de la sécurité et de l’économie, en raison de l’incompatibilité née de son élection au Grand Conseil, il a été parachuté dans cette nouvelle fonction par Pierre Maudet sous le regard toujours très méfiant des syndicats de police. Normal. On est en mai 2018. L’affaire qui porte le nom du ministre commence à exploser et voilà que son homme de confiance, celui qui fut son assistant parlementaire en ville de Genève et qui l’a accompagné dans sa course au Conseil fédéral, débarque au sein de la «grande maison» alors que des enquêtes sont menées sur les avantages reçus par le conseiller d’Etat.

La commandante de la police, Monica Bonfanti, n’a pas mis son veto au transfert de cette nouvelle recrue qui ne lui coûte rien en termes de poste. Et pour cause. Simon Brandt, politologue, intéressé par les questions de sécurité et de police de proximité, dispose des qualités nécessaires pour mener des études et interpréter des statistiques. Ambitieux, il prend d’ailleurs soin de s’émanciper publiquement de son mentor une fois les mensonges d’Abu Dhabi avoués. «Je ne suis pas Pierre Maudet», dit-il alors dans une interview.

Double jeu?

Simon Brandt a-t-il vraiment pris ses distances avec le ministre en difficulté ou a-t-il joué le double jeu d'un agent infiltré? L’enquête devra déterminer si ce collaborateur – assermenté comme le sont désormais tous ceux qui travaillent dans l’institution – a profité de sa place au sein de la police pour accéder à des données confidentielles afin de renseigner son mentor. Car, comme dit l’adage, qui détient l’information détient le pouvoir.


«Je nie avoir ouvert la main courante de la police»

Libéré vendredi soir après neuf heures passées en cellule et après avoir subi un long interrogatoire, Simon Brandt a pu être contacté dimanche. Il répond aux questions du Temps.

Le Temps: Que vous reproche-t-on dans le volet concernant votre travail à la police?

Simon Brandt: On me reproche d’avoir transmis à un tiers [ndlr: Pierre Maudet] des éléments provenant d’une base de données de la police.

C’est vrai?

J’avais évoqué ces éléments avec une tierce personne. Je conteste donc formellement avoir ouvert la main courante de la police et violé mon secret de fonction. Cela pourra être aisément vérifié lors de l’analyse de mon ordinateur. Je n’ai jamais ouvert cette main courante et je n’ai pas accès à des informations sensibles dans le cadre de mon travail.

Votre proximité avec Pierre Maudet n’est-elle pas problématique et génératrice de soupçons à un tel poste?

Après avoir dirigé la police durant six ans, le magistrat n’a certainement pas besoin de moi pour lui remonter des informations. Je suis le plus mal placé pour le faire, justement en raison de cette proximité.

Qu’avez-vous à dire sur la fuite du rapport du Contrôle financier?

Je ne peux pas parler de cet autre volet pour l’instant. C’est en cours d’instruction. Je rappelle que le rapport sur les notes de frais des fonctionnaires, dont on me soupçonne d’être l’auteur de la diffusion, est considéré comme un rapport public par le préposé cantonal à la protection des données et à la transparence.

Comptez-vous retirer votre candidature à l’élection au Conseil administratif?

C’est un coup dur mais je sais que je n’ai rien fait. Tout cela est aisément et rapidement vérifiable. Il s’agit de savoir si j’ai des accès à la police et si je les ai utilisés. Je n’ai pas de raison de me retirer de la course. Les membres du comité directeur du parti m’ont déjà manifesté leur soutien avant la réunion de dimanche soir. Je reste donc confiant.

Notre dossier: L’affaire Maudet