Le château de Villa, à Sierre, et sa raclette aux cinq fromages remontant le canton de Saint-Gingolph à Tourtemagne: c'est le lieu qu'avait choisi hier le conseiller aux Etats valaisan Simon Epiney pour répondre à une question qui agitait le Valais politique depuis plusieurs mois: rempilera, rempilera pas?

Son parti, le PDC du Valais romand, attendait une réponse pour le 31 août, mais avait dû concéder un délai de réflexion au sénateur anniviard. Un successeur potentiel piaffait particulièrement dans les starting-blocks: l'homme fort du gouvernement valaisan, Jean-René Fournier, qui n'avait pas fait mystère de sa volonté de donner un tournant bernois à sa carrière.

La tentation du troisième mandat

Les atermoiements de Simon Epiney donnaient à penser qu'il allait résister à la pression et revendiquer un troisième mandat au Conseil des Etats, qui se serait ajouté aux deux périodes passées au Conseil national. Mais hier, entouré d'une brochette d'amis anniviards -dont ses chefs de campagne successifs -, il a commencé par lire un texte ressemblant furieusement à un testament politique, avant de déclarer: «J'ai informé ce matin le Conseil d'Etat que je ne briguerai pas un nouveau mandat à Berne.»

Et de commenter «une décision pas facile à prendre», surtout avec la perspective, en 2010, d'accéder à la présidence du Conseil des Etats: «Mais il faut savoir se montrer raisonnable et faire passer l'intérêt du canton avant son plaisir et ses velléités personnelles. J'ai choisi la politique à l'âge de 26 ans, mais je ne suis pas marié avec elle.» Ce que le boulanger Alcide Epiney, que ses pains de seigle ont rendu dans le canton presque aussi célèbre que son politicien de frère, traduisait dans un langage moins diplomatique. «Mieux vaut s'en aller de son plein gré que d'attendre de se faire foutre dehors.»

Une succession assurée?

Une bête politique en chassant une autre, promis juré, il n'y aurait pourtant eu aucune pression de la part du très influent Jean-René Fournier: «Cela n'a joué aucun rôle. J'ai toujours été quelqu'un de très indépendant. Je n'ai jamais été un homme de parti, un homme d'appareil.» Jean-René Fournier, de son côté, confesse «avoir trop de respect pour un sénateur qui a rendu tant de services au Valais pour lui forcer la main. J'ai toujours dit qu'il devait prendre sa décision seul.» Dans la foulée, Jean-René Fournier confirme qu'il sera bien candidat à la candidature pour succéder à Simon Epiney sur les bancs de la Chambre haute à l'automne 2007, et lève une dernière hypothèque: «Si je suis élu, j'assumerai pendant 18 mois la double charge de conseiller aux Etats et de conseiller d'Etat. J'ai été élu pour quatre ans au gouvernement et j'ai pour habitude d'aller au bout de mes mandats.»

Un temps, le PDC du Valais romand avait caressé l'idée d'une élection complémentaire au gouvernement en 2007, qui lui aurait évité d'avoir à renouveler ses deux sièges d'un coup en 2009, avec les risques que comporte une liste de néophytes.

Contrer l'oubli

Mais aujourd'hui, cela tombe bien, le président du parti, Raphy Coutaz, est du même avis que Jean-René Fournier: «Il n'est pas bon d'être tout le temps en campagne. Il a été élu pour quatre ans. Il faut le laisser aller au bout de sa mission. Quant aux avantages éventuels d'une élection complémentaire, je crois que le jeu n'en vaut pas la chandelle.»

Au fil des raclettes, Simon Epiney expliquera que sa décision était prise depuis longtemps, depuis sa réélection en 2003: «Mais j'ai vu ce qui est arrivé à certains de mes collègues qui avaient annoncé que ça allait être leur dernière période. D'un seul coup, ils ont été ignorés par les médias et l'opinion, comme s'ils n'existaient plus. Je ne voulais pas finir comme cela.»

Un lobbyiste ferrailleur

Né en 1950, conseiller communal de sa commune de Vissoie dès 1976, puis président de 1980 à 1992, député au Grand Conseil, Simon Epiney aura passé, ensuite, seize ans à Berne, où il s'est profilé comme un lobbyiste montagnard particulièrement têtu, ferraillant contre les droits de recours des associations écologistes, pour l'assouplissement de la lex Kohler, pour les paiements directs en région de montagne. Il cite d'ailleurs comme son plus grand succès «la création d'un réseau à Berne pour faire passer l'augmentation des redevances hydrauliques de 270 à 400 millions par année: il a fallu pour cela s'allier avec la gauche et certains radicaux romands, contre la droite alémanique et les représentants des grandes agglomérations. Avec les trois quarts de la population qui vivent aujourd'hui dans les agglomérations, si les cantons alpins ne se montrent pas forts, l'avenir sera dramatique pour eux.» Jean-René Fournier sait ce qui lui reste à faire.