Retrouvez nos articles:
- Simonetta Sommaruga quitte Berne en «conseillère fédérale heureuse»
- Succession Sommaruga: les pontes du PS veulent un ticket à deux femmes
- Simonetta Sommaruga, une conseillère fédérale populaire, mais souvent désavouée
- Notre commentaire: Simonetta Sommaruga, un départ dans la tristesse
- Notre rétrospective: Simonetta Sommaruga: douze années au Conseil fédéral en images
■ Hommages et critiques des partis
- Les socialistes saluent le «rôle porteur» de leur ministre: Le coprésident du PS, Cédric Wermuth, s’est exprimé sur Twitter à propos de la démission de Sommaruga: «C’est l’une des conseillères fédérales les plus engagées et les plus efficaces que le pays ait jamais eu qui se retire. Même si je le regrette, je le comprends dans ces circonstances».
- Pour l’UDC, il s’agit désormais de «nettoyer la pagaille» : L’UDC remercie Simonetta Sommaruga pour le temps et l’énergie qu’elle a investis au cours des douze dernières années. «Cela n’a toutefois pas été facile» a déclaré le conseiller national nidwaldien et secrétaire général Peter Keller. Il déplore «un blocage idéologique» en ce qui concerne le dossier énergétique. La sécurité de l’approvisionnement n’est plus garantie, selon lui. «C’est maintenant à quelqu’un d’autre de nettoyer cette pagaille», a poursuivi Peter Keller. L’UDC a toujours défendu la concordance pour la stabilité politique de la Suisse, ajoute-t-il. L’UDC reconnaît donc la légitimité de la revendication du PS pour le siège vacant.
- Le PLR s’alerte des «défis énormes» qui attendent le Conseil fédéral : Le PLR attend du successeur de Sommaruga qu’il s’attaque rapidement aux tâches en suspens. Il doit s’engager pour un approvisionnement énergétique sûr. Dans de nombreux dossiers centraux comme l’approvisionnement en énergie, l’infrastructure ou la technologie 5G, «il y a un besoin de rattrapage et les défis sont énormes», estime le PLR. Le parti a toutefois aussi remercié Simonetta Sommaruga.
- Le Centre souligne l’importance du principe de collégialité pour le gouvernement du pays. Le parti attend de tous les successeurs potentiels «qu’ils respectent les règles de la collégialité et qu’ils participent au bon fonctionnement du Conseil fédéral». Le parti a lui aussi rendu hommage au travail gouvernemental de la ministre socialiste: «Nous remercions la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga pour ses longues années d’activité et son engagement en faveur de la Suisse et lui souhaitons, ainsi qu’à son mari, le meilleur pour la suite».
■ Quelques noms
L’agence ATS mentionne des noms de papables qui ont circulé lorsqu’il a été question de possibles conseillères fédérales PS venant de Berne, comme Simonetta Sommaruga: les conseillères nationales Flavia Wasserfallen et Nadine Masshardt, et la conseillère d’Etat Evi Alleman.
Le point délicat dans les arbitrages à venir, qui pourrait jouer sous la Coupole fédérale le 7 décembre, est que du côté de l’UDC, le candidat le mieux placé pour succéder à Ueli Maurer est Albert Rösti, lequel vient... de Berne.
Dans d’autres cantons, pour le PS, certains pensent à la conseillère nationale Priska Seiler-Graf, de Zurich. Celle-ci vise toutefois un siège au gouvernement zurichois et pourrait laisser sa place.
La St-Galloise Barbara Gysi pourrait elle aussi sortir du bois. Mais elle vise le siège que Paul Rechsteiner laissera vacant en fin d’année au Conseil des Etats, rappelle l’ATS.
Et puisque des candidatures romandes ne sont pas exclues, les noms de la conseillère d’Etat vaudoise en charge de la Santé Rebecca Ruiz et de la sénatrice jurassienne Elisabeth Baume-Schneider sont évoqués.
[Mise à jour à 21h: Rebecca Ruiz confirme «y réfléchir», le nom de la sénatrice tessinoise Marina Carobbio Guscetti émerge, lire notre article].
■ Une double élection le 7 décembre
La désignation, par le parlement, de la successeure de Simonetta Sommaruga aura donc lieu le 7 décembre, en même temps que celle du remplaçant d’Ueli Maurer. C’est ce qui explique le délai particulièrement court pour le PS (lire ci-dessous). Le ticket du PS sera désigné le 26 novembre.
■ Il y a une non-candidature certaine
Les pronostics sur les candidatures vont commencer. Il y a au moins une certitude à cette heure: la coprésidente du Parti socialiste Mattea Meyer ne sera pas candidate.
Elle explique qu’elle a été réélue il y a trois jours à la coprésidence du parti et qu’elle entend mener ce mandat au bout.
■ De grandes manœuvres?
L’évocation de manœuvres tactiques de la part des partis n’a pas tardé à apparaître dans le landerneau fédéral. Ainsi, a-t-on demandé à Roger Nordmann, le chef du groupe PS, son parti craint-il que le PLR pousse une candidature verte afin de ravir un siège au PS? Il répond: «Les Vert·e·s ont été très clairs dans leur refus de présenter quelqu’un. Avec la guerre en Ukraine, la crise énergétique et les questions liées au pouvoir d’achat, la situation demande de la dignité et je doute qu’une telle offensive ait lieu» (lire aussi plus bas, concernant les écologistes).
■ Il y a 48 heures, le PS n’en savait rien
Interrogé sur le fait que le PS paraît bousculé et n’a pas anticipé le départ de sa ministre, Roger Nordmann lance: «Cette nouvelle a été totalement inattendue. Nous ne savions rien de cette démission avant les 48 heures qui viennent de passer.»
■ L’hommage de Roger Nordmann
Chef du groupe socialiste au parlement, le Vaudois Roger Nordmann soigne son hommage: «Simonetta Sommaruga a été une conseillère fédérale intégrale. Elle a un bilan phénoménal, absolument remarquable, dans deux Départements. […] Elle a fait énormément pour l’égalité salariale dans les entreprises. Elle a fait un grand pas en avant dans la direction de la dignité dans le dossier des enfants placés, en présentant les excuses de la Suisse.»
Il liste ensuite les mesures prises dans le domaine de l’environnement et du climat: contre-projet sur la biodiversité, contre-projet à l’initiative sur les glaciers, avec une sortie des énergies fossiles en 2050, le renforcement des valeurs dans la protection des eaux…
■ Le groupe veut un ticket à deux femmes
La conférence de presse du parti socialiste commence. Cedric Wermuth, le coprésident, évoque «les circonstances de la vie» qui ont accéléré le temps et provoqué cette démission que le parti ne désirait pas.
Mattea Meyer, la coprésidente, raconte qu’après discussion au sein du groupe socialiste, il est clair que la personne qui succédera à Simonetta Sommaruga doit être une femme. Le parti présentera un ticket avec deux candidates. Elle est persuadée que le parti compte parmi les élues fédérales ou dans les cantons les personnalités capables d’assumer cette fonction.
Le chef du groupe Roger Nordmann précise que «pour la suite, nous avons décidé de présenter un ticket composé de deux femmes, sans distinction des régions linguistiques. Le calendrier est très serré, mais il faut le tenir.»
■ Une nouvelle élue PS romande?
Dans les propos des dirigeants socialistes, la mention d’une procédure «sans distinction des régions linguistiques» à propos des futures candidatures (lire ci-dessus) n’est pas anodine; cela signifie que des Romandes pourraient candidater, alors même que le quota implicite de francophones au Conseil fédéral est rempli. Cedric Wermuth réplique que «pour nous, ce n’est pas la région d’origine qui est décisive, c’est le projet politique».
Un Conseil fédéral qui virerait à majorité latine? «C’est une question que tranchera le groupe, puis l’Assemblée fédérale, répond Roger Nordmann. Nous n’avons pas voulu réduire notre potentiel.»
■ Le PS établit son planning
Le Parti socialiste suisse vient de publier le calendrier en vue des nominations pour l’élection complémentaire au Conseil fédéral.
- Le vendredi 18 et le samedi 19 novembre , une séance de groupe préparatoire est agendée. Elle est consacrée aux critères pour la candidature
- Le délai pour candidater est fixé au lundi 21 novembre , à midi.
- La Commission de recherche se réunira du 21 au 24 novembre. Le lendemain, vendredi 25 novembre , une séance extraordinaire du Conseil du parti est prévue.
- Samedi 26 novembre , le ticket sera désigné, pour une élection le 7 décembre.
■ Les Vert·e·s n’attaqueront pas le siège
Ce n’est pas une surprise, mais à Berne, cela va sans doute mieux en le disant: les écologistes annoncent qu’ils «ne feront pas acte de candidature pour le siège [que Simonetta Sommaruga] laisse vacant».
Ces dernières semaines, les Vert·e·s avaient laissé entendre qu’ils et elles pourraient attaquer le siège d’Ueli Maurer, avant d’abandonner l’idée, à un an des élections fédérales.
Ce mercredi, le parti écrit qu’il «faut impérativement accroître le poids de l’écologie au Conseil fédéral, mais pas au détriment d’un siège PS».
Les écologistes laissent en revanche entendre qu’ils postuleront en 2023, lors de l’élection générale du gouvernement par les Chambres.
Un peu plus tard dans l’après-midi, lors de sa prise de parole (lire plus haut), le coprésident du PS Cedric Wermuth a confirmé que cette position des écologistes ne constitue «pas une surprise», confiant qu’il est dans le partenariat avec les écologistes et leur volonté commune de renforcer le pôle de gauche, dit-il.
■ «Deuxième démission surprise», relève l’AFP
L’agence France-Presse relaie l’annonce de Simonetta Sommaruga avec ce titre, allusion au départ annoncé d’Ueli Maurer: «Deuxième démission surprise au gouvernement en moins de 2 mois».
■ Le mauvais moment pour le PS
Deux tweets, l’un d’une socialiste, l’autre d’un PLR, qui vont dans le même sens: cette annonce de Simonetta Sommaruga n’est pas idéale, en termes de temps politique, pour le Parti socialiste.
Der denkbar bedauernswerteste Rücktritt mitten in der Energiekrise. Politisch wahnsinnig schade, menschlich absolut nachvollziehbar. #Sommaruga
— Olga Baranova (@Ballymag) 2 novembre 2022
🇨🇭 Simonetta #Sommaruga devrait annoncer sa démission dans la prochaine demi-heure, selon plusieurs médias.
— Vincent Arlettaz (@VincentArlettaz) 2 novembre 2022
Une annonce qui tombe mal pour le #PS… et qui va être difficile pour les #Verts.
■ La conférence de presse de 14h15: l’annonce du départ
Ce mercredi à 14h15, la ministre socialiste est venue au centre des médias du Conseil fédéral, comme pour l’une de ces innombrables conférences de presse qu’elle a données au fil de ses années de gouvernement.
Apparemment émue, elle a commencé par évoquer le «choc» qu’a constitué le problème de santé de son mari, récemment victime d’un AVC. La fonction «exige un engagement total», ce qu’elle ne se sent plus en mesure d’assurer: «J’ai exercé cette fonction de toutes mes forces avec détermination, avec force, avec passion. Je suis heureuse d’être conseillère fédérale et je le serai jusqu’au bout.»
Une méthode helvétique. Comme exemple de réussite au long de ses 12 années, la socialiste cite la table ronde menée l’année dernière sur les barrages hydrauliques qui a abouti à un accord sur 15 projets concrets. Un processus adoubé par le parlement. «C’est ainsi, dit-elle, que l’on progresse dans notre pays.»
Des réussites, assure-t-elle. Elle cite à plusieurs reprises les dispositions votées lors de la dernière session d’automne concernant l’approvisionnement énergétique du pays comme sources de satisfaction personnelle.
Puis Simonetta Sommaruga évoque ses souvenirs de présidente de la Confédération par temps de pandémie, ses efforts pour mener des actions pour la population, pour rester proche d’elle.
Partir en pleine crise de l’énergie, vraiment? Le fait de partir au milieu d’une crise énergétique interroge, fait remarquer un journaliste. La socialiste rappelle en guise de réponse toutes les actions menées depuis le printemps dernier: les dispositions pour sauver les entreprises énergétiques considérées d’importance systémique, les lois sur la sécurité de l’approvisionnement énergétique: «Si on ne cultive pas nos différences mais que l’on travaille ensemble, on parvient à trouver des solutions.»
«De quoi êtes-vous fière, qu’avez-vous raté», lui demande-t-on. «Fière, je ne sais pas, mais ce qui m’importait est que notre gouvernement reste uni dans les sanctions prises suite à l’agression russe en Ukraine. Il y a bien des éléments dont je suis moins fière, comme dans tous les parcours, mais dans l’ensemble, l’équilibre m’a semblé bon.»
Plus tard, elle glisse: «Honnêtement, le cours de ces derniers jours ne m’a pas permis de réfléchir à un bilan. Ces deux dernières semaines, j’ai passé du temps avec mon mari et ma famille, et non à réfléchir au passé.»
A propos des récentes attaques personnelles de l’UDC. «Les critiques font partie de la politique, mais l’environnement est devenu plus dur. Tout le monde doit être conscient que lorsque le ton se fait plus dur, le climat politique s’en ressent.»
Le Conseil fédéral est-il moins uni? «Pour moi, cela n’a jamais représenté un problème. Les débats au sein du Conseil fédéral sont parfois nourris, mais je ne dirais pas que l’ambiance s’est détériorée ces 12 dernières années.»
L’échec de la loi sur le CO2. «La politique climatique n’avance pas assez vite, même si elle se développe. La dépendance énergétique du pays nous met dans une position de faiblesse, on l’a vu avec la guerre en Ukraine. La loi sur le CO2 aurait été importante pour permettre à la suisse d’aller plus vite. Cela n’a pas marché, le peuple en a décidé autrement. Un an plus tard, je suis venue avec la proposition d’une nouvelle loi. Apprendre d’un échec, cela m’a toujours motivée.»
La question de l’asile. «C’est une chance incomparable de faire bouger les choses, avec le parlement et la population. La réforme de l’asile était très importante pour moi; que ce pays ait de bonnes lois concernant les immigrants. J’ai pu faire évoluer certains dossiers et cela me rend heureuse.»
A ce sujet, en 2016: Asile, ce qui change avec la nouvelle loi
Le collège à majorité féminine. A son arrivée, avec son apport, le Conseil fédéral était à majorité composé de femmes. «C’était ma première année au Conseil fédéral. Je dirais que c’était une bonne année», a-t-elle souri.
Le bourbier Suisse-UE. «Les derniers mois nous ont montré que nous ne sommes pas seulement proches géographiquement de l’Europe, mais que nous avons besoin de nos partenaires.»
■ Cette démission constitue une surprise
Cette démission est une surprise, même si voici une semaine, une information du Département de l’environnement, des transports et de l’énergie (DETEC) avait laissé planer un doute. Simonetta Sommaruga avait pris un congé pour assister son mari, l’écrivain Lukas Hartmann, qui avait été hospitalisé à Berne. Elle avait pourtant repris son travail lundi dernier.
■ Dans ses mots: «Changer les priorités de ma vie»
Extrait de la lettre envoyée par la démissionnaire à ses collaborateurs: «La semaine dernière, mon mari a fait un AVC. Cet événement est survenu soudainement et de manière inattendue. Cela m’a fait prendre conscience qu’après 12 ans, je voulais fixer les priorités de ma vie différemment.
Cette décision vient un peu brusquement, aussi pour moi, et plus tôt que prévu. J’étais heureuse d’être membre du Conseil fédéral et j’ai fait mon travail de toutes mes forces, avec joie et passion. J’ai toujours pu compter sur votre engagement et votre compétence. Et dans nos rencontres, j’ai ressenti beaucoup de sympathie et d’appréciation.
C’était de la plus haute importance pour mon travail et aussi pour moi personnellement. Je suis également reconnaissante de la confiance qui m’a été accordée en tant que conseillère fédérale et des rencontres passionnantes et simples que ce Département a rendues possibles.»
■ Simonetta Sommaruga, 12 ans au gouvernement
La Bernoise, âgée de 62 ans, a accédé au Conseil fédéral le 22 septembre 2010. Personnalité très populaire en raison de son engagement en faveur d’une association alémanique de consommateurs, elle s’était positionnée à droite du PS lorsqu’elle a rédigé le Manifeste du Gurten avec notamment l’économiste Rudolf Strahm. Devant l’assemblée fédérale, elle s’était imposée face à la Zurichoise Jacqueline Fehr.
Dans un premier temps, elle dirige le Département fédéral de justice et police. A ce titre, elle concocte une énième réforme en vue d’accélérer la procédure d’asile. Elle procède aussi à une révision sur la loi sur l’égalité. D’une part, elle introduit des quotas féminins de 30% et 20% dans les conseils d’administration et les directions d’entreprises cotées en bourse. Puis elle pilote une autre réforme encourageant une égalité des salaires dans les entreprises de plus de 100 personnes.
Passée au Département de l’environnement, des transports et de l’énergie, elle doit en revanche encaisser plusieurs défaites, à commencer par la loi sur le CO2 le 13 juin 2021. Le projet, qui renchérit l’essence, les billets d’avion et les combustibles, est refusée par le peuple en raison du caractère punitif de ces taxes. Simonetta Sommaruga échoue aussi à réformer trois lois qui auraient permis d’accorder une somme de 150 millions supplémentaires aux médias.
A propos de la nouvelle mouture de la loi sur le CO2: Débarrassée de taxes, la loi CO₂ retente sa chance