Le trafic ferroviaire à travers le Simplon est toujours interrompu suite à l’incendie qui a embrasé un train cargo jeudi. Après de méticuleuses vérifications techniques dans le deuxième tube, les experts l’ont estimé «en état de marche» mais encore inexploitable en raison des émanations de fumée. Le feu, d’abord maîtrisé, a repris en raison des courants d’air. Les deux tunnels sont reliés par des passages tous les 200 mètres.

Vendredi, lendemain du sinistre: la petite gare de Brigue souffre en silence de la paralysie. Un train-incendie, équipé pour des interventions de ce type ressort de la fournaise comme pour reprendre l’air près des quais. Que s’est-il passé là-dedans? Comment le feu s’est-il déclaré? Dans quel état est la galerie?

On ne saura rien de l’hypothèse privilégiée des enquêteurs. Selon le porte-parole des CFF, Jean-Louis Scherz, «les rails sont recuits, les lignes électriques n’existent plus et la voûte du tube sinistré s’effrite». C’est qu’en de telles circonstances, les températures atteignent des extrêmes, «plusieurs centaines voire 1000 degrés à la source de l’incendie, selon les matériaux, la ventilation et la géométrie dans le tunnel», a détaillé un expert au Tages-Anzeiger online.

A Brigue, peu d’indices filtrent. Du cadre sapeur-pompier des CFF au commandant des pompiers de Brigue, Mario Schaller, en passant par la guichetière de la gare, chacun respecte sagement un mot d’ordre: rester muet. Idem chez les techniciens de la BLS et des CFF qui s’entassent dans un minibus direction le tube numéro deux pour vérifier si les rails et les lignes électriques ont subi des déformations.

Michel Béguelin, ancien conseiller aux Etats vaudois qui a été vice-président du Syndicat des cheminots (SEV) livre son analyse: «La montagne emmagasine la chaleur. Dans le cas d’un incendie qui a duré 24 heures à 800 degrés, cela peut durer deux semaines jusqu’à ce que la chaleur se disperse et que l’on puisse entreprendre des travaux. Si cela a eu des conséquences sur la voûte du tunnel, il faudra tout refaire.» Là, encore, il est trop tôt pour estimer l’ampleur et le coût des dommages.

De fait, le tronçon est une étape d’importance pour le transfert de fret à travers les Alpes. Selon un rapport de la Confédération, 9,6 millions de tonnes net de marchandises ont transité par cet axe en 2010. En comparaison, le chiffre s’élève à 14,4 millions pour le Gothard.

A Brigue, la fluidité de l’information qui parvient aux voyageurs contraste avec celle attendue par les journalistes. Devant une queue leu leu de cars postaux mobilisés pour faire la navette par le col du Simplon, rouvert à l’aube vendredi, ce quadragénaire italien en provenance de Berne et à destination de Milan affiche un flegme épatant: «La communication en Suisse est excellente.»

Le trajet en car jusqu’à Domodossola lui prendra un peu plus d’une heure et les correspondances ne sont pas assurées, mais une des nombreuses agentes CFF chargées d’aiguiller les gens à la sortie de la gare confirme le bon état d’esprit général qui règne malgré le rush annoncé du week-end de Pentecôte. Selon leur provenance et leur destination, les voyageurs ont deux autres alternatives. Descendre à Martigny et prendre un bus navette par le col du Grand-Saint-Bernard s’ils viennent de la région lémanique. Ou passer par le Gothard s’ils viennent de Suisse alémanique. Jean-Louis Scherz garde l’espoir que le second tube sera remis en service aujourd’hui à midi.