Prévoyance

Les simulateurs calculent mal les effets de la réforme

Après l’USAM, Comparis a lancé jeudi son calculateur, afin que chacun puisse connaître les effets de la réforme. Gare aux imprécisions

Le 24 septembre, les citoyens se prononcent sur un sujet qui les concerne tous, mais qui est aussi très complexe: la réforme de la prévoyance vieillesse. Et chacun se pose la même question: quels en seront les effets sur ma situation personnelle? A question simple, réponse très variable, tant les cas sont difficilement comparables et peuvent en plus évoluer dans le temps. C’est la raison pour laquelle l’Office fédéral des assurances sociales a renoncé à mettre en ligne un calculateur et se contente de présenter quelques exemples sur son site internet. L’Union suisse des arts et métiers (USAM) et Comparis ont cependant tenté de pousser l’exercice plus loin. Avec plus ou moins de bonheur mais surtout d’importantes lacunes.

Lire aussi: AVS: «Merci M. Berset, je n'ai pas besoin de ces 70.-»

Lancé ce jeudi, le simulateur de Comparis se veut le plus simple possible. Il suffit de répondre à quatre questions: âge, sexe, revenu et régime LPP. Une série d’informations de base apparaissent: soit les contributions supplémentaires que la personne versera jusqu’à l’âge de la retraite et les effets de la réforme sur le montant de sa rente. Le simulateur de l’USAM n’exige pour sa part que deux informations de l’utilisateur: l’âge et le revenu. En retour, il indique uniquement les coûts de la réforme à sa charge et à celle de son employeur. Il ne dit rien de l’effet sur les prestations à l’âge de la retraite.

Comparaison des comparateurs

Evidemment, à ce stade, difficile de résister à une comparaison entre les deux comparateurs. Prenons le cas d’un homme de 42 ans avec un revenu annuel brut de 80 000 francs soumis au régime obligatoire de la LPP. L’USAM indique que la réforme lui coûtera 895 francs par an. Comparis est assez proche, avec 830 francs par an, car il ne tient pas compte de la part du salarié au fonds de garantie! Comme Comparis calcule encore l’effet de la réforme sur les rentes, on découvre que notre quadragénaire fictif y perdra 465 francs par an lorsqu’il sera à la retraite.  

Le problème des deux comparateurs réside dans leur interprétation de la réforme et la simplification qu’ils en font. La TVA par exemple. Autant l’USAM que Comparis tiennent compte d’une hausse de la TVA de 0,6 point. Or, la moitié de la hausse sera indolore. Il s’agit juste d’un transfert vers le fonds AVS de 0,3 point de TVA aujourd’hui réservé à l’assurance invalidité. La véritable hausse ne sera que de 0,3 point et n’interviendra qu’en 2021. 

Dix cas, dix résultats

Les cotisations au 2e pilier ensuite. Les deux comparateurs ne prennent en considération que le régime obligatoire, c’est-à-dire la part du salaire, située entre 21 150 et 84 600 francs par an, qui doit légalement être assuré. Or, seuls 10% des employés se contentent de ce régime minimal. La plupart des employés ont une bien meilleure couverture. Ils sont dès lors soumis à d’autres conditions, variables d’un employeur ou d’une caisse de pension à l’autre.

Comparis a mandaté Lukas Müller, de l’Université de Saint-Gall, pour développer son calculateur. Il admet que le résultat «n’est pas une vérité mais un indicateur, car si vous prenez au hasard dix personnes croisées dans la rue, vous aurez dix situations différentes».

Effort louable mais peu probant

Pour Comparis, la difficulté réside aussi dans le fait que son logiciel tente de mesurer l’effet de la réforme sur le montant annuel et total des futures rentes. Effort louable mais peu probant. Difficile d’anticiper un parcours professionnel, de prévoir un niveau salarial tout au long d’une carrière? Surtout pour notre quadragénaire fictif de 42 ans, dont la carrière va évoluer. Et avant qu’il n’arrive à l’âge de la retraite, une nouvelle réforme aura probablement été introduite.

Comparis a aussi pris en compte une espérance de vie de 85 ans pour calculer le montant total des prestations. Il a également laissé tomber la distinction entre les couples et les personnes seules. Enfin, il fait la distinction entre la future rente pour un homme et pour une femme. La différence est importante car Comparis part du principe que l’augmentation d’une année de l’âge de la retraite des femmes leur fait perdre une année de rente. Pour elles, le bilan final de la réforme se révèle par la force des choses très négatif.

Dossier
La bataille des retraites

Publicité