Fribourg

La Singine est toujours dans l’attente angoissée de 300 requérants

Il y a une année, la Singine se soulevait contre l’arrivée de 300 requérants à la Gouglera. Le calme est revenu, mais il est précaire

Février 2015: une série d’images choque l’opinion publique. On y voit des sonneurs de cloches, des feux allumés sur les collines du village et surtout des centaines de citoyens réunis dans une halle de gym, tous remontés contre l’annonce de l’arrivée de 300 requérants d’asile dans cette Haute-Singine (FR) d’habitude oubliée. Le syndic de Chevrilles, Othmar Neuhaus, parle d'«un tsunami de requérants». Une année plus tard, la neige recouvre à nouveau les champs singinois. Les arbres dénudés laissent apparaître toute l’austérité de l’Institut de la Gouglera, cette bâtisse de la discorde, construite naguère par les Soeurs d’Ingenbohl pour y accueillir des élèves pensionnaires, aujourd’hui vendue à la Confédération.

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Le calme est revenu, à Chevrilles. Mais il est fragile. «Cette dernière année, plusieurs séances ont eu lieu avec la Confédération et le canton de Fribourg. Mais on ne sait toujours rien de l’affectation du bâtiment», indique Othmar Neuhaus. Excédé également, le député Rudolf Vonlanthen, qui maintient la pression sur les autorités. «Ce n’est pas normal d’être ainsi sans nouvelles. La Confédération a dépensé 19 millions de francs pour un bâtiment dont on ne connaît toujours pas la vocation réelle. Les choses doivent être rapidement clarifiées car les gens sont frustrés de ne pas savoir. Une nouvelle fois, ils ont l’impression qu’on les abandonne», lâche-t-il.

De quel centre s’agira-t-il?

Quel type de centre? L’enjeu est de taille. Car dans le cadre de sa grande restructuration du domaine de l’asile, la Confédération prévoit de créer des centres de procédure et des centres de renvoi. La seconde option pourrait soulever une nouvelle vague de protestation à Chevrilles. Rudolf Vonlanthen évoque les problèmes de sécurité qu’un centre de renvoi pourrait engendrer.

Cet automne, les médias annonçaient d’ailleurs que Chevrilles serait un centre de renvoi. Ce que la conseillère d’État fribourgeoise Anne-Claude Demierre, en charge de l’asile, ne confirme pas. «Aucune décision n’a été prise car les discussions sont toujours en cours», répond-elle. En fait, les cantons romands doivent s’entendre pour abriter sur leur territoire un centre de procédure d’environ 500 places et trois centres de départ d’environ 250 places. Il pourrait aussi y avoir des centres mixtes. «Nous ne ferons pas de communication tant qu’il n’y aura pas de vision globale. Et nous attendons encore les propositions de certains cantons», poursuit Anne-Claude Demierre.

En attendant, en ce qui concerne le fonctionnement de la Gouglera, les autorités fédérales, cantonales et communales doivent encore signer une convention. Plusieurs séances ont déjà eu lieu et la conseillère d’État espère trouver rapidement un accord. Les questions de sécurité sont évidemment abordées, tout comme celles des infrastructures publiques et du dédommagement pour leur utilisation.

Deux élues menacées de mort

Anne-Claude Demierre n’en a donc pas fini avec la Gouglera. L’an dernier, au terme de la houleuse soirée d’information à la population, un habitant avait proféré des menaces de mort à l’encontre de la conseillère d’État. «Je comprends les soucis qui se sont exprimés ce soir-là. Mais pas ce manque de respect envers les personnalités présentes. Il n’y a eu aucune intervention pour nous soutenir. En rentrant chez moi, je me suis sentie bien seule, même si cela fait partie de notre fonction d’assumer ce genre de situation», dit-elle.

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Antje Burri-Escher, syndique de Tinterin, le village voisin de Chevrilles, a aussi été menacée. « Mais je n'ai pas porté plainte pour ne pas jeter de l'huile sur le feu », explique-t-elle. Pour l'élue, la vie a repris son cours. « Il y a heureusement beaucoup de gens qui savent faire la part des choses », poursuit-elle.

Néanmoins, après 16 ans d'engagement politique, elle ne se représente pas aux élections communales de fin février. «Mon retrait n'a rien à voir avec ces événements. Il est temps pour moi de laisser la place. Je note par contre que certains partis tentent de se profiler en s'emparant du sujet. Je le regrette car dans une commune, il y a  beaucoup d'autres enjeux à débattre. Certes, il ne faut pas oublier ces racines, mais nous devons conserver un esprit ouvert, prendre de la hauteur et envisager le futur dans sa globalité », déclare Antje Burri-Escher.

Le fatalisme de l’ex-propriétaire

On sent un certain fatalisme également dans la voix de Beat Fasnacht, propriétaire de la Gouglera avant sa vente à la Confédération pour un montant de 19 millions de francs. Lors de la soirée d’informations du 25 février, il a été traité de tous les noms. «Ça m’a fait mal car j’ai aussi aidé la région. Mais après, j’ai reçu énormément de courrier de soutien de Singinois qui avaient honte de ces comportements. Sur plus de deux cents lettres, trois seulement étaient négatives», raconte-t-il.

Aujourd’hui, Beat Fasnacht ne revient plus que ponctuellement à la Gouglera, où il possède encore le domaine agricole, doté d’une ferme et d’un chalet. «Je souhaiterais y poursuivre mes activités d’aide, d’encadrement et de formation de jeunes en surpoids mais ce projet est pour l’instant gelé car je crains qu’on ne me mette des bâtons dans les roues», explique-t-il. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne s’est rien passé à la Gouglera ces derniers mois. Les derniers pensionnaires sont partis en été. Puis les 120 chambres ont été vidées, de même que 600 armoires remplies de matériel. En début d’année, les clés ont été remises Confédération.


Menace sur les centres

Suite au référendum lancé par l’UDC, la nouvelle loi sur l’asile sera soumise au peuple. L’UDC s’oppose surtout à la présence d’avocats gratuits pour les requérants et aux possibilités d’expropriations pour ouvrir de nouveaux centres. Si les citoyens devaient lui donner raison et rejeter la loi en votation populaire, d’autres nouveautés seraient mises en péril. Le référendum ne remettrait pas en question les sites déjà acquis, comme celui de la Gouglera, dans le canton de Fribourg. Par contre, le concept devrait être revu puisque toute la restructuration du domaine de l’asile, avec la création de centres de procédure et de centres de renvois, repose sur cette même base légale, confirme le Secrétariat d’État aux migrations.


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