L’armée déserte (5/5)

A Sion, les adieux des Forces aériennes

La police militaire s’apprête à remplacer les avions de combat sur la base aérienne sédunoise. Un changement radical pour le personnel et les activités d’aviation civile

A la base aérienne de Sion, le changement marquant qui est en train de se mettre en place ne se note ni dans les hangars où la maintenance des Tiger F-5 et des PC-7 s’opère minutieusement, ni dans les bureaux où les clichés d’avions de combat sur fond de montagnes ornent les murs. Il se lit davantage dans une certaine ambiance, teintée d’émotion, de nostalgie, parfois d’une pointe d’amertume.

L’année 2018 marquera la fin du service de vol régulier des militaires à Sion, conséquence de la réduction du parc immobilier de l’armée. A l’avenir, le site ne sera plus utilisé par les Forces aériennes suisses qu’en cas de secours, comme base de dégagement.

Enfant de Sion, le commandant de la base aérienne, Antoine Jacquod, se prépare ainsi à tourner la page. Aucun événement particulier n’est prévu pour marquer le coup. L’ambiance n’est pas à la fête: «Quand en décembre 2016, on nous a annoncé qu’on n’en avait plus que pour une année, cela a été un choc pour le personnel et moi-même. Nous avions toujours tablé sur une fermeture en 2020.» Lentement, la digestion se fait malgré tout. «Je convoque toujours la même image. En 2013, on nous a dit qu’on allait fermer Sion. Nous pensions être en chute libre. L’avion piquait du nez, nous allions nous écraser. Puis toutes les mesures prises ont permis de redresser le manche. Nous aurons finalement un atterrissage en douceur en fin d’année», relève Antoine Jacquod.

«Pas un travail, une passion»

A la suite des négociations entre l’armée et le canton du Valais, la police militaire prendra ses quartiers à Sion dès l’automne 2017. Elle emploiera 126 personnes. Davantage qu’aujourd’hui, mais pas les mêmes profils. «Etre mécanicien sur F/A-18 ou policier militaire, ce n’est pas le même métier», résume Antoine Jacquod. Du coup, le commandant de la base s’est mué en responsable RH il y a un an. Le personnel – dont «la grande majorité travaille ici par passion pour l’aéronautique» – est devenu sa priorité. A fin juin, il lui restait moins d’une dizaine de personnes à replacer sur 84 postes.

Longeant la piste, Antoine Jacquod présente avec fierté le centre d’apprentissage de la base aérienne. Une trentaine de jeunes polymécaniciens sont formés ici sur des machines dernier cri. Cette activité-là est sauvée: l’armée continuera d’exploiter ce centre jusqu’en 2029, puis il passera en mains cantonales.

Mouvements fortement réduits

Ce centre d’apprentissage avait été ouvert en 1944 en guise de compensation des nuisances des avions de combat. Avec le départ des Forces aériennes de Sion, le nombre de mouvements militaires annuels pourrait être ramené de 6000 à 8000 aujourd’hui à environ 500, peut-être moins. Les estimations sont hasardeuses. Car le site servira encore comme base de dégagement. Et Sion est particulièrement indiquée pour cela, grâce aux conditions météorologiques dont jouit la région. Ce n’est pas un Valaisan qui dira le contraire: «Ici, il fait beau plus ou moins toute l’année», s’exclame Antoine Jacquod.

Sion a souvent sauvé la mise aux Forces aériennes suisses, lorsque les bases de Payerne, d’Emmen ou encore de Meiringen étaient sous le brouillard ou dans la neige. Le commandant se souvient notamment de la Conférence ministérielle de l’OCSE à Bâle en décembre 2014. L’armée assurait la mission de police aérienne. La météo était exécrable. Le commandant avait dû rapatrier en urgence son personnel, en engagement à l’étranger, pour que Sion serve de base de dégagement. A l’avenir, les employés chargés de l’exploitation des avions se déplaceront de Payerne à Sion en cas de nécessité.

Présente depuis 1943 à l’aéroport de Sion, l’armée continuera de maintenir le site et de prendre en charge les frais d’exploitation jusqu’en 2021. «Entre 4 et 5 millions seront aussi investis l’an prochain pour entretenir la piste côté Martigny. L’armée se montre très loyale», souligne Antoine Jacquod.

Quatre ans pour trouver un avenir

Les autorités valaisannes ont donc quatre ans pour trouver un avenir à l’aéroport sédunois – 40 000 mouvements civils par an aujourd’hui. Un comité de pilotage réunissant la Ville, le canton du Valais ainsi que des communes touristiques s’y engage. Il n’a tenu qu’une séance jusqu’à présent. Son coprésident, Philippe Varone, président de la Ville de Sion, résume la réflexion: «On passe d’un aéroport militaire avec vocation civile à un aéroport civil avec des activités militaires. Des questions de base se posent: souhaite-t-on développer le site ou réduire son activité? Quelle gouvernance? Quelle stratégie?»

L’aéroport sédunois pourrait ne jamais être rentable: la moyenne de passagers nécessaires par année pour atteindre les chiffres noirs est estimée entre 500 000 et un million par des spécialistes du secteur. Mais le site pourrait servir de porte d’entrée vers une «destination Valais», profitant à l’ensemble du secteur touristique. Une collaboration avec l’aéroport de Genève, notamment pour l’aviation privée, est envisageable. «Aujourd’hui déjà, nous avons les infrastructures pour accueillir des jets d’affaires et faire la maintenance. C’est une réalité à valoriser», affirme Philippe Varone.


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