VALAIS

Sion, au jour de sa résurrection

Le chef-lieu valaisan s'est investi pour redonner du sens à ses places. Visite guidée.

Nathalie Luyet dit qu'il faut «une part de fragilité, de délicatesse dans le travail d'habillage d'une ville». Elle dit qu'en d'autres termes, «il faut être à l'écoute de sa ville, de sa respiration». Aujourd'hui, Sion respire correctement, assure la cheffe du Service de l'édilité. Et le retour de la belle saison ne la contredit pas. La place du Midi donne du pouls à la capitale. Au lendemain de l'Ascension, un air de vacances souffle dans les rues. Le soleil n'est pas encore au zénith. Il dessine des ombres en farandole autour des terrasses.

La ville réinvestit son rôle

La place du Midi, c'est la grande fierté des autorités sédunoises. C'est par elle que tout est arrivé. Qu'on a débridé la grande métamorphose au pied des châteaux. Que Sion a décidé de réaménager ses espaces publics de bout en bout. On a trouvé deux arguments pour le faire. «Aujourd'hui, il y a de l'argent, c'est plus facile d'aller voir les politiques», admet, lucide, l'ingénieur de la Ville, Georges Joliat. Quinze millions de francs ont déjà nourri les mutations en cours depuis quatre ans.

L'architecte de la Ville, Nathalie Luyet, trouve naturellement une justification plus philosophique à cette cité en mouvement. Améliorer le cadre de vie des citoyens, d'un point de vue sociétal et urbanistique, passe nécessairement par la reformulation des espaces publics, pense-t-elle, «ces terrains au cœur de la ville dont tout le monde est un peu propriétaire». Or puisque, dans le périmètre urbain, la densité de population augmente, les espaces publics ont de plus en plus d'importance. «En aménageant ces places selon les besoins de la population, la Ville remplit son rôle de polis.»

La rue-place essaime

Il aura fallu quatre longues années de procédures, jusque devant le Tribunal fédéral, pour faire tomber les oppositions. Au départ, personne ou presque ne voulait de cette rue-place ou s'entrecroiseraient, aléatoirement, automobilistes et piétons, une sorte de carrefour hybride. On y voyait un compromis hasardeux, une promesse de cafouillage. Les politiques, fatigués du tout-à-la-voiture mais jugeant les temps trop précoces pour le tout-au-piéton au centre-ville, juraient que leur modèle serait un succès. Il le fut au-delà des espérances.

Aujourd'hui, la politique urbanistique de Sion intéresse loin à la ronde, et la place du Midi est devenue un parangon pour quelques villes voisines. Une grande esplanade de bitume bouillant où se retrouvent aléatoirement les 16-30 ans, où mijotent au soleil les amitiés arrosées aux apéritifs quotidiens. Autour, les galeries marchandes irriguent la place d'un flot continu de badauds. «Sur la place du Midi, la circulation a été réduite de deux tiers», sanctionne Georges Joliat pour couronner par la technique cette grande réussite communautaire.

L'espace des Remparts, un salon en plein air

Normal, donc, que le spécimen place du Midi ait essaimé. En 2006, l'espace des Remparts est à son tour devenu une rue-place, un espace-rencontres. Mais avec son identité propre. De la fenêtre de son bureau, Nathalie Luyet assiste quotidiennement à la réussite de l'opération. L'autre jour encore, elle regardait d'un air amusé ces deux vieilles dames assises sous leur parapluie se contreficher du ciel pleureur. Ce matin, elle s'est surprise à rire de ce gros tas de gravier amassé sous la bouche du grand reptile déco qui dort sur son poussier de carrière, «signe que les enfants n'oublient pas de le nourrir».

La fontaine qui jaillit par surprise sur le gravier de verre aménagé en pataugeoire. Les étudiants qui alignent leurs sièges en quinconce pour leur lecture hebdomadaire. Et les sorbets, les inimitables sorbets qui donnent du goût au retour de l'été. Ainsi conçoit-on une politique urbanistique maîtrisée, à Sion. Comme le glacier voisin, la Ville laisse le choix des arômes. «Il faut des espaces pour tout le monde. Pour viser juste, il faut être à l'écoute du citoyen, lui qui connaît sa ville dans les moindres détails.»

L'espace des Remparts, conçu comme un salon en plein air, s'ouvre sur la très débridée place du Midi. Un peu plus à l'est, la place des Tanneries assaisonne la recette. Le petit lieu charmant, réaménagé lors des travaux de sécurisation de la Sionne, tient d'une place de village, intimiste, bucolique. On pourrait se croire à Cassis. Aujourd'hui, le marché «du Grand-Pont» déborde jusqu'ici. C'est le signe inattendu d'une ville en mouvement.

Grand-Pont: le rhabillage fastueux

Car Sion est à peine à mi-chemin de son grand relookage. Au nord, la métamorphose continue, sur la rue du Grand-Pont précisément, l'axe principal de la vieille ville, dont tous les monuments sont classés. Aujourd'hui, jour de l'Ascension, les machines sont au point mort. Mais le Grand-Pont a bel et bien été désossé. On est en train de le rhabiller de pavés, et pas seulement.

Pour donner du relief à la «colonne vertébrale» de la vieille ville, Sion se gratifiera ici d'une originalité, pensée par le designer urbain et spécialiste de l'éclairage Marc Aurel, en collaboration avec l'ancien architecte cantonal Bernard Attinger. Alors que la Sionne s'écoule en sous-sol, on reproduira l'itinéraire de la rivière sur les pavés avec de grandes plaques qui, grâce à un éclairage particulier, promettent de donner un reflet de la rue à sa juste valeur. Aucune grande reformulation des espaces ne s'est imposée. Il s'est juste agi de forcer le trait «pour que la rue corresponde à ce qu'elle est devenue, à la couleur que les commerçants lui ont donnée au fil du temps», insiste Georges Joliat. Il justifie ainsi la longue prise en otage des vieux trottoirs.

Réinventer la place de la Planta

Le Grand-Pont est la rue des brasseries chics mais pas trop, «juste comme il faut», des bistrots qui ont encore une âme. Le Grand-Pont est le lieu où se jouent quotidiennement -plus encore les jours de marché- des petites scènes croquantes de la vie politique, sociale et culturelle. Dans le prolongement de ce lieu chargé d'histoire se dessinent déjà les prochaines métamorphoses sédunoises. Un concours d'architectes sera ouvert prochainement pour revoir la rue de Lausanne et la fameuse place de la Planta.

Là-bas, on se promet de soigner une verrue née d'un compromis maladroit, à l'époque, entre la commune et le canton, propriétaires des terrains environnants. «La place de la Planta joue un rôle de charnière entre la vieille ville et la nouvelle ville. Mais les citoyens ne s'y sont jamais sentis à l'aise, détaille Nathalie Luyet. Il faudra redéfinir ce vide. Pourquoi ne pas le délimiter avec un front bâti?» Puisqu'une place, c'est une case vide entourée de plein, dit-elle. Or, côté sud sud-ouest, la place de un hectare en dévers semble filer vers le néant. Comme un coin de ville à bout de souffle.

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